DU MUSEE ARCHEOLOGIQUE DE LA M A R C I A N A
(Asclépiades.)
As-tu guidé, Dieu splendide, sur les monts sourcilleux de la Thrace les danses fougueuses des Ménades échevelées, parmi les rauques hurlements, au fracas des cymbales '?
Ou, au sourd murmure des ruisseaux, au doux frémissement des myrtes doriques, as-tu goûté un sommeil alangui sur le sein gonflé de la vierge gnossienne?
Maintenant ta nébride est pendue au tronc d'un arbre, les pampres morts ceignent ta chevelure, et, sans voir, tu regardes du haut de ton piédestal poli les statues immobiles.
Cependant un raide Anglais lève vers toi son gros nez cramoisi, et. frappé de surprise, te lorgne avec son monocle qui brille, en montrant des dents sordides;
La petite femme te reluque en minaudant, et le pacifique chanoine au ventre obèse, apercevant tes blanches nudités, se détourne avec une hypocrite rougeur.
Evohé, Liber! Tu es le joyeux Esprit des hommes; tu es le génie propice qui traverse les siècles avec de flamboyants éclairs de joie.
Evohé, Liber! Tes vastes temples ne connaissaient pas les tristes psaumes de la pénitence. Entre des colonnes de marbre les torches y scintillaient, rougeoyantes.
Les vierges de l'ismène y entonnaient dans l'air sacré leurs cantiques de fête, auxquels le tambourin mêlait ses notes stridentes; les gras encens y répandaient leur parfum;
Et, dévalant des sauvages bois de frênes, des collines fleuries, des campagnes riches en blé, mille Bassarides délirantes se précipitaient en tumulte, avec force hurlements.
Elles portaient de flottantes robes de pourpre, avaient sur la tête des couronnes de pampres, sur les épaules des peaux tigrées et hirsutes, à la main de fulgurantes épées,
Et autour du temple elles frappaient des timbales, et conduisaient en cercle des rondes rapides, et avec les
chœurs hilares des Satyres elles chantaient de rudes hymnes.
« Evohé, Liber, dieu éternellement jeune, dieu à la tête noble et virginale où deux cornes luisent! Evohé, Bromius, dispensateur de joie pour les hommes!
» Gloire au fils invaincu de Sémélé, qui arrive sur son éclatant char d'ivoire! Il resplendit pour nous comme le soleil. Couronnons les coupes! »
Et Phœbus Apollon entourait de feux roses le sanctuaire; l'air exhalait de divines senteurs; les bruits s'envolaient au loin, emportés par les vents;
Et sur son âne arrivait l'aimable Silène, parmi les plaisants jeux des Faunes; il arrivait en s'appuya nt sur son bâton de pin et en agitant sa coupe :
« Versez, ô Ménades, la liqueur du libre Bacchusl C'est dans une patère de vin de Lesbos que je veux mourir 1 Versez, ô Ménades, jusqu'à la dernière goutte! »
Maintenant ta nébride est pendue au tronc d'un arbre; les pampres morts ceignent ta chevelure, et, sans voir, tu regardes du haut de ton piédestal poli les statues immobiles.