CHANT DU SOLEIL
(Asclépiades.)
Voici que la glauque marine s'éveille, fraîche sous le vent d'Ouest; elle palpite; elle sent dans ses profondeurs les vertes amours des algues.
Elle sent : les plaintives mouettes l'effleurent par bandes; semblables de loin aux mouettes, les fauves et noires voiles passent en se berçant dans le grand soleil;
Et les collines fleuries, qui se mirent dans l'eau en vaste cercle, ont un aspect de pyramides vaincues par le triomphe des lierres.
Thalalta! thalalta! Qu'ils prennent leur essor, qu'ils s'élancent de mon jeune cœur, qu'ils en jaillissent, tes brefs pyrrhiques, ô divin Asclépiade !
O mer, ô gloire, force de l'Italie, puisse enfin,
née de tes libres flots et trempée comme l'acier, ma jeunesse jeter dans le vent ses éclairs.
(Alcaïques.) Enfin, Dieu ardent, mon âme s'ouvre à toi. Le front offert à la gloire de tes rayons, je souris, ô dieu beau, parce que je sens croître ma vigueur.
Regarde-moi, ô Soleil : par tout mon être circule une vigueur nouvelle; je sens, rapides et rouges, bouillonner en moi les sources de la vie.
(Alcaïques.) O livres, le Soleil classique — Phcebus Apollon — répand sur les eaux un innombrable sourire et allume une flamme de joie dans mon cœur.
Adieu, longues cohortes de livres divers! Adieu, obscure armée des livres qui, durant les nuits glacées, peuplèrent de spectres ma chambre !
Paternel inspirateur, Horace veillait avec moi; mais ce n'était pas une amphore de vieux cécube qui infusait aux dactyles de mon vers une vigueur nouvelle.
Sur ma tasse le breuvage indien exhalait ses effluves; avec un murmure égal et grave, les strophes saphiques ondulaient comme la feuillée,
Lentes évocatrices de rêves pour mon âme lasse... Oh ! comme Lylia resplendissait marmoréenne, dans la froide pureté de ses grands yeux stellaires!
Gomme je sentais autour de mon front penché s'enrouler les lauriers d'une froide couronne !... Qui est venu, ô livres, qui est venu troubler ces veillées paisibles?
Celle qui vint, ce fut une blanche fille de Fiesole, grande et svelte, telle que déjà les artistes la sculptèrent en de doux albâtres et la peignirent sur des panneaux d'or.
Elle vint, et avec ses longs cheveux, comme avec d'étranges lacets de lierre, elle m'enlaça; tremblante, elle m'offrit sa bouche, où je bus une liqueur vitale
Qui maintenant court par toutes mes veines, telle dans l'arbre la sève nouvelle; de sorte qu'il me semble que par toutes mes veines monte de mon cœur une refloraison.
Du plus profond de mon cœur les strophes rebourgeonnent, impatientes. 0 limpide ivresse
diffuse à travers les cieux où s'est épanoui le rêve de Dante !
Mes rêves purs évoquaient dans les aubes la vision de Béatrice; les frêles vierges de Fra Giovanni et de Mino me souriaient dans les blonds crépuscules.
Parfois, comme des échos, se réveillaient la ballade de Guido, le sonnet languissant de Cino, la mélodieuse octave de Politien.
« Je regarde », gémissait peut-être dans la brise ce gentil esprit de Pistoie, « je regarde », gémissait-il, « toutes les fleurs blanches des prés, en souvenir d'elle!... »
Claire et silencieuse, l'eau de l'Affrico coulait parmi l'herbe nouvelle; les osiers grêles, en file sur les berges vertes, tremblaient sans un murmure;
En file, sans une voix, tremblaient les peupliers dressant vers le ciel de perle leurs rameaux, longues verges d'argent sur lesquelles brillaient de vives émeraudes.
Et nous passâmes, la main dans la main, sur l'herbe nouvelle, le long des berges solitaires ;
nous gravîmes la belle colline et nous nous attardâmes dans les lieux connus.
0 douce halte entre les oliviers couleur de cendre! Le vent soupirait, tiède ; mais au loin apparaissaient, neigeuses, les premières cimes du Casentino.
La cité belle resplendissait dans son admirable conque, ainsi que dans un profond calice une gemme; et sa beauté parut à nos yeux un mystère,
Lorsque, du fond de l'ombre comme du fond d'une couche, nous la contemplâmes, inconscients, avec des yeux voilés par la langueur des longs baisers, par le nonchalant oubli.
Baisers qui maintenant brûlent dans ma mémoire ! Cependant (tu te rappelles?) les moineaux, à Montughi, nous donnaient un joyeux augure par leurs clameurs sur les cyprès.
Et c'était aussi un heureux présage que m'envoyaient les peupliers, sur le train rapide qui fuyait vers l'occident, loin de la verdoyante terre toscane.
Mais, ô peupliers tremblants, quand verrez-vous, à travers le voile cendré de la fumée, sourire le
beau visage de la voyageuse en route vers mon ciel samnite?
Alors, sur ma haute proue, elle resplendira dans les crépuscules, pareille à une Espérance d'or, et mes rouges voiles se gonfleront de joie au milieu des flots ;
Alors, d'une aile plus forte et. plus libre, les strophes jaillies de ma poitrine voleront avec les goélands sauvages sur la mer, sur la mer.
(Distiques.) A moi maintenant le rythme serein de Tibulle, où rit l'immense paix de la campagne en fleur,
Où rient les azurs du ciel latin, et les soleils blonds, et les nuages, comme dans un ruisseau limpide.
C'est le long hexamètre ascendant que réclament les grandes images qui fleurissent dans mon cœur,
Et le bref pentamètre où l'onde harmonique expire en un languissant murmure de dactyles.
0 toi, si fraîche quand tu surgis du sein divin des ondes, aube de mai, parmi les odeurs salines des algues,
Je fais voile sur le golfe comme un bon nautonier samnite, entre les dauphins qui se jouent, troupeau cher aux muses;
Je fais voile, et, assis à la proue, je te contemple en rêvant aux amours d'une déesse avec un mortel, dans le fond des eaux.
Les noces courent à travers des forêts de rouges coraux ; à travers ces vivantes forêts court le printemps sous-marin;
11 court... 0 trophées d'actinies éparses sur les rochers, pareilles à des pétales d'une flore nouvelle!
Prés fleuris d'astrées, de madrépores! Chevelures de méduses fuyant avec un léger remous !
Les bois terrestres ont de grandes musiques, de grands hymnes; mais ces noces muettes valent un hymne. Aimez!
Aimez dans le profond silence, jouissez de secrets hymens, ô créatures merveilleuses! Et, moi aussi,
Puissé-je descendre dans le profond mystère pour m'unir en joie avec l'Immortelle, devenu splendide comme un dieu.
Mais voici le soleil, le soleil! Il détruit le beau rêve marin. Dans mon rêve s'efface la glauque couche nuptiale.
Les voiles sont de pourpre ; des clartés vermeilles d'incendie embrasent la voûte des cieux.
Et voici que le soleil triomphe! O frissons des eaux fraîches où scintillent des ambres et des topazes !
O frissons printaniers des arbres sur les collines, au large souffle du mistral, je vous sens
Dans mon cœur qui palpite, dans mes nerfs, dans mes veines; et chaque frisson est une strophe, une strophe divine
Qui vole à l'immense poème de toutes les choses. « Et moi, me crie une voix intérieure, et moi ne suis-je donc pas un dieu? »
(Asclépiades.) Un croissant d'or pâle brille dans le ciel verdâtre. Les flots soupirent : « C'est la nouvelle lune; aimez, ô robustes adolescents, les vierges
» Océaniques ! » Par instants soufflent les vents humides; et les eaux soupirent : « O vierges, ô adolescents, c'est la nouvelle lune de mai. Aimezvous ! »
Un demi-cercle d'argent pend sur les monts bleus, qui ressemblent à des cadavres d'athlètes abattus. Les pétales disent dans leur sommeil : « 0 zéphyrs
» Caressants, imprégnés de pollens, si frais! O si fraîches rosées! 0 brûlant amour d'une libellule! » Ainsi babillent dans leur sommeil les pétales inclinés.
Du haut du ciel, un éclatant diadème fait chatoyer sur les eaux des étincelles de pierreries; dans les
profondeurs, les algues réveillées soupirent après un rayon. Un pâle
Rayon leur arrive, et, mélancoliques, elles regardent en haut, à travers le miroir des ondes. « Vents, prient les algues, donnez, oh, donnez des palpitations à la mer! »
Une grande faux de fer semble faucher la moisson astrale. Noires, les forêts ondoient dans la péninsule. Les dryades chantent.
Depuis les racines les frissons d'amour se propagent jusqu'aux plus hautes cimes. « O nuits d'hymens ! » chantent dans les écorces les dryades nues.
La lune, telle une ancre brisée, luit dans le fond violacé du ciel. D'étranges voix arrivent sur les brises. « Cargue tes voiles,
» O pêcheur, cargue tes voiles! » avertissentelles. « C'est la nouvelle lune; la sirène prépare une douce et terrible embûche. Cargue tes voiles ! »
Un grand arc amazonien, un arc de cuivre brille entre de vastes nuages; arrêtée, ma barque est à l'ancre; et moi, immobile sur la poupe, je veille.
Le poisson n'a pas encore mordu mon appâi ; mais le désir ne cesse de mordre mon cœur qui attend, ô douce et terrible ennemie. Et je veille!
(Alcaïques.) De la voûte argentée des nuages, le soleil, en jets obliques, éclaire les sommets de la Majella et les collines qui descendent par degrés vers la mer.
Un crépitement frais se propage dans la campagne; les troncs frémissent depuis leurs plus profondes racines, sous la pluie printanière ;
Et voilà qu'avec une joie tremblante les pointes du blé dressent sur les sillons l'espoir vigilant de blonds épis, que feront tout d'or les rayons caniculaires,
Lorsque dans leur houle riche les pailles complaisantes protégeront, au crépuscule ou à l'aube, l'embûche d'amour tendue aux belles chanteuses.
(Distiques.) Le grand midi règne sur cette conque de flots et d'arbres, verte et bleue, solitaire;
Et moi, comme le faune antique aux aguets, je me cache, ô platane sacré, entre ta ramure.
Quand verrai-je la nymphe venir d'un pas craintif, enveloppée dans ses cheveux, le corps agile et nu ?
Ou peut-être, tout à coup, dans la rude écorce contre laquelle je m'appuie, la sentirai-je, chair suave, repalpiter?
L'anxiété m'oppresse, tandis que le soleil dispense aux feuillages et aux ondes ses ors innombrables.
Une luisante pluie d'écaillés et de pellicules tombe sur ma tète où rit la claire image.
Sous moi, les ondes ressemblent à de lascives
couleuvres bleues, qui joueraient sur les grèves avec de frais bruissements.
Dans mon sang versent je ne sais quelle ivresse panique les agrestes odeurs mêlées à l'air salin.
Mais qui donc, par des pas, des voix et des rires, éveille là-bas les échos des vertes coupoles?
Ce sont assurément les antiques dryades qui, vivantes, repalpitent dans les troncs, et c'est une dryade que je serre maintenant entre mes bras.
» 0 belle dryade, chère au dieu du Ménale, ô blonde élève de Cynthie, robuste amoureuse,
» Sors de l'écorce rompue, dans la nudité de tes membres mortels : je suis agile, et forte est ma jeunesse.
» Sors de l'écorce et fais que je plonge dans ta chair mes mains ardentes, comme dans un frais ruisseau ;
» Fais qu'à ta bouche pure je boive d'un trait sans fin le souffle de la forêt immense;
» Fais que dans tes yeux verts, comme Narcisse dans la fontaine, je mire, transfiguré, ma beauté nouvelle;
» Oh, fais qu'une fois encore en ce monde r Adolescent vive comme un Dieu puissant dans sa fable! »
(Distiques.) A toi ma libation, ô despote ceint de pourpre, qui regardes sur la mer de violette, sur la forêt en fleur,
Gomme un œil de cyclope nageant dans le sommeil et dans le vin, parmi l'ondulation lente des pavots!
A toi ma libation! Dans ma coupe brillante étincelle le sang qui, par ta grande vertu, fermentait
Dans les grappes, sur les heureuses collines du Samnium. Tel, n'est-ce pas? dans la poitrine l'hymne de tes poètes;
Telle pour Flaccus l'ondulante strophe alcaïque, lorsqu'à l'aube vermeille lui souriait ta face ronde.
La fraîche Digentia murmurait entre les peupliers, et Vacuna se perdait, lente, dans les vapeurs occidentales.
Mais toi, ô mer, tu as d'autres murmures, d'autres musiques; et vous, ô collines divinement naufragées! Naufragés,
Nous le sommes aussi : les vents grecs nous poussent, imprégnés de sel et de parfums d'algues,
Sur l'océan des songes; le vers coule de nos lèvres, alenti par la mollesse des spondées, ô mai,
ô mai fleurissant, qui ris à la demeure lointaine de celle que j'aime et qui suscites le vain désir.
(Distiques.)
Les brises nuptiales parlent à la fraîche forêt qui dort sous la vaste clarté de la pleine lune,
Qui dort à côté de la mer silencieuse. Près de la forêt, la mer est silencieuse, pleine de ses profondes, muettes et lointaines amours.
Les vents parlent : « O vous en qui, par les troncs, monte la vivifiante sève, comme le sang vivifiant par les veines des hommes,
» Verts athlètes qui tendez vos bras dans l'azur et qui enfoncez vos pieds dans l'humide terre nourricière,
» Accueillez ce message! Là-bas, sur la montagne, dans le clair de lune, une vierge forêt rêve à de lointaines amours. »
Les vents parlent. Les forêts dorment. Près d'elles la mer est silencieuse, pleine de ses profondes, muettes et lointaines amours.
Pas une feuille ne s'éveille, pas une onde. Silencieuses, les nuées passent et s'évanouissent dans la souveraine lumière.
Elles portent dans leur sein les conjonctions des Dieux, ces nuées qui s'évanouissent voluptueusement.
(Distiques.) Oh, comme tu es belle, toi qui refrènes le rythme de ta croupe merveilleuse entre les rouges buissons, sur le coteau escarpé,
La taille haute, les narines de fauve ouvertes aux senteurs de la forêt, violée par le soleil, ô toi qui chantes à pleine gorge !...
Elle s'arrête dans l'ombre. Le souffle brûlant du Sud passe à travers les files des oliviers, s'élevant de la mer. alangui.
Splendidement bleue, la vaste mer apparaît entre les oliviers aux teintes changeantes . La femme a-t-elle flairé nue odeur de sel?
L'odeur saline est moins puissante que les arômes qui, sous ses pas, s'échappent des herbes sauvages.
Elle entre sous les acacias de la pente ardue, en riant; et je la poursuis dans le vert dédale.
Moins rapide fut le pied d'Atalante. Les rameaux brisés jettent un enivrant parfum;
Sur les rameaux jaillissent des gouttes vermeilles de notre sang, vivantes gemmes tirées par les épines ;
Et moi, dans mon ivresse, je ne sais ce qui embaume davantage, le sang ou la sève, l'esprit humain ou l'esprit végétal.
Mais elle se précipite sur la pente. Moins rapide fut la fille de Schénée, quand elle dardait le javelot;
Et Aphrodite ne vient pas à mon aide avec les pommes d'or, comme elle fit pour l'avide fils de Macarée.
Cependant je finis par la rejoindre et je plonge mes mains dans sa fauve chevelure. Victoire! Elle se débat vainement.
Comme une forte flamme qui, sonore, m'envelopperait de toutes parts, je perçois sur tous mes sens sa beauté entière.
Elle vibre comme une flamme terrible, tandis que je la ploie; et il me semble que l'herbe s'allume à l'endroit où elle tombe.
Lutte merveilleuse! Applaudissez, applaudissez, applaudissez comme un peuple au cirque, plantes, collines, mer!
(Asclépiades.) Ah, comme elles resplendissent au soleil, les longues voiles doubles qui passent et qui se perdent, fuyants alcyons, vers les îles lointaines!
Comme l'amour fait naufrage dans tes yeux limpides au souffle salé des brises, ô belle que j'ai domptée! Et l'herbe fut notre couche nuptiale.
Là-bas, dans la plaine, les jeunes moissons ondoient en verte tempête, les oliviers bour-
geonnent : la plaine est une autre merde murmures et de frissons.
Flots verts et flots bleus. Du haut de la côte ta chanson les domine, oréade nouvelle aux tempes ceintes de marjolaine.
Aujourd'hui je ne te demande pas de baisers; aujourd'hui rient dans mon âme les sereines images de l'art. Qu'Asclépiade me dicte les rythmes sereins,
Et que ta forme classique palpite dans sa strophe alerte, comme dans l'antique bas-relief de Paros une indocile ménade.
(Distiques.) Mais voici que je suis encore tenté par tes spires volubiles, ô strophe ailée, couple de petits serpents ailés
Que domptait pour Ovide, avec des freins d'or, un enfant né de Vénus, beau dieu cruel.
Les serpents luttaient; le méchant les frappait avec ses dards, et le sang chaud jaillissait de leurs blessures.
Le petit archer en riait, et il choisissait d'autres traits qu'il faisait cliqueter par malice. Mais : « Soyez dociles! »
Suppliait le poète. « Pourquoi tant de guerre contre un dieu? Il est élève des Parthes. Soyez dociles, ô mes enfants ! »
Je ne suis pas Ovide; je ne crains pas l'enfant armé; je ne te confie pas de viles plaintes ou de lascives amours,
Strophe chérie. En ma poitrine bat mon libre cœur, vivifié par le grand mai, par le grand chant sauvage
Oui palpite dans le bois, qui palpite dans la mer, qui s'élève de la verte moisson, de la vigne en fleur,
Par le chant infini qui ondule à travers l'immensité des cieux glauques, nuage d'effluves, tourbillon de pollens
Dans le soleil, dans le soleil, dans le soleil, voix exultante, retentissante et tonnante, voix énorme de mille déités.
Et le dieu n'est-il pas en moi? L'éternelle palpitation du Monde, n'est-ce pas ce qui fait battre mon cœur immortel?
CHANT NOUVEAU. 2b
Les germes de toutes les vies ne vivent-ils pas dans ma vie humaine? Je sens l'imminence du prodige.
Voici : j'allonge mes membres dans le creux esquif, j'offre au soleil paternel tout mon corps nu.
Toi, ô mer, berce-moi dans ta respiration infinie; et toi, ô soleil, achève la sublime métamorphose!
Que de mes membres devenus géants naisse une forêt. Ce soir, les matelots découvriront l'île inconnue.
OFFRANDE VOTIVE
(Distiques.)
0 Pan, une grenade qui rit d'un multiple rire vermeil par ses lèvres entrouvertes;
Et, sur sa tige feuillue, une grasse figue à la peau ridée, à la queue épaisse, à l'ombilic profond ;
Et une olive mûre, mise dans le sel pour y prendre de la saveur; et une noix fraîche, sans écale :
En outre, une grappe aux raisins serrés et gonflés, noire, pareille à une chevelure bouclée d'éphèbe; et deux
Pommes de cognassier, qui semblent deux jumelles dans des tuniques d'or; et un citron sur sa feuille ; et deux
Poires, l'une juteuse, pour étancher la soif, l'autre acide, pour exciter le buveur à boire; et quelques
Amandes, si tendres qu'elles craignent d'être mordues; et un pignon encore enfermé dans la tenace
Résine; et cinq galettes bien pétries, onctueuses, sur une planchette luisante; et un peu de miel
Blond; et un petit pot de nard pur; et une tasse d'argile à deux anses, où le lait de chèvre
Se caille; et du vin sans mélange, tiré prudemment avec le gibelet, sans troubler le tonneau :
Telles sont, ô Pan, les champêtres offrandes que Lamon l'Arcadien te consacre dans ton antre, et il t'en promet de plus riches encore,
Si tu l'assistes au prochain concours de flûte et qu'invisible tu souffles dans ses chalumeaux.
Moi, ce que je te consacre, ce ne sont pas les fruits, ce sont les sept chalumeaux mélodieux, habilement assemblés avec de la cire odorante.
Et toi, ô Pau, puisses-tu me dispenser les fruits avec libéralité, durant la brève saison, pour mes plaisirs et pour ma douce Hôtesse!