‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 46 sur 141 · LES BELLES · texte numérisé non relu

LES BELLES

(Quatrains rimes.)

Tandis que Lucrèce Borgia, en pompe nuptiale, s'avançait d'une marche lente (la blancheur liliale de sa robe resplendissait au loin),

Entre les cardinaux-princes qui, en chapes vermeilles, regardaient avec des sourires ambigus la fille du pape; sous les portiques

Voisins, les échansons. blonds adolescents qui répondaient à un nom sonore, et qui rougissaient comme de suaves jouvencelles, et qui avaient des chevelures

Longues, les échansons d'Alexandre VI portaient des coupes d'argent dans leur main levée, et, avec un geste d'humilité contenu et grave,

Ils offraient aux nombreuses et illustres dames les roses et les rafraîchissements. Çà et là cou-

raient, alléchés et pleins de convoitises, les lévriers barbaresques,

Traînant entre leurs pattes la laisse d'or que les pages avaient mal tenue. Les illustres dames, en chœur, se divertissaient de leurs grands bonds sauvages,

Et, répandant à pleines mains sur la luisante mosaïque l'abondance des viandes et des roses, elles caressaient en tremblant les beaux chiens cruels.

Alors Julie Farnèse, avec un de ces éclairs lascifs qui jaillissaient de ses yeux (le rire faisait vibrer son corps agile comme une sonore

Cithare , tendit son sein nu ; et, entre les mamelles blanches, rondes et dures, un échanson versa les friandises des coupes papales.

Or n'est-ce pas ainsi, mes belles, vous que j'ai tant aimées et célébrées et couronnées de mes chants clairs, dans les bois et dans les roseraies,

N'est-ce pas ainsi que vous venez à ma fête où l'Amour vous assemble? Vos baisers plus doux que le vin, sous le soleil et sous la lune

Je les ai cueillis autrefois; et, comme dans une coupe rare et finement travaillée, tandis que les nouveaux désirs, lévriers à la laisse d'or, bondissent vers vous,

C'est votre douceur même que je vous rends, subtilement infusée dans la rime. Vous vous réjouissez. Mais la Gorgone, Méduse,

Celle que je n'ai pas baisée, avec un éclair entre les cils, me tend ses beaux bras et m'offre son sein comme Julie Fanièse.

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