DONNA FRANCESCA
0 vernimm, Jupiter Xenius, mich!
RÔMISCHE ELEG1EN
(Quatrains rimes.)
Est-ce le jeune printemps qui soudain apparaît au seuil du ciel, prompt à rompre de ses bras robustes les constructions de verre faites par la gelée?
(Aigu, le rire du jeune amant fend ces parfaits silences, comme le diamant rapide grince dans la main de l'ouvrier sur les vitres polies.)
Ou est-ce le titan Soleil, le roi du chœur, qui s'est épris de la pieuse jouvencelle Neige, et qui la poursuit, et qui, d'une bouche légère, lui infuse je ne sais quelle douce âme d'or?
Je ne sais. Mais certainement, de ses prodigues mains, une femme a versé sur ma tête les violettes
avec les rêves. Et elle a prié aussi : « 0 joyeux Soleil, resplendis sur son cœur! »
C'est pourquoi je me lève, afin que, du fond de mon être, s'élancent hors de l'ancienne blessure les esprits qui reçoivent d'elle la vie, et qu'en chantant ils se répandent sur le monde.
Je sens passer enfin dans mes moelles tous les accents, toutes les notes, toutes les paroles ; et il me semble que le désir qui de moi s'envole vers elle, emplit de sa puissance l'univers entier.
De même qu'une forêt immense et nue, lorsque, du haut du ciel, la lune fait pleuvoir sa vertu sur la terre, blanchit de telle sorte que le voyageur a vraiment l'illusion d'un grand fleurir,
De même, soudain, Rome entière, à la lueur d'un si grand désir, me sourit et livre au pur azur les chevelures scintillantes de ses fontaines.
— « Cela est-il un rêve? Te plaît-il, ô Jupiter, d'ouvrir à l'hôte triste tes demeures d'ambroisie? Vois : je me prosterne. O Jupiter Xenius, écoutemoi! Quelle peut être, parmi ces brises nouvelles, la vertu
« Qui m'attira? Ce qui m'attira, est-ce la jeune Hébé, dont le visage est un lys au milieu de cette chevelure blonde? Tu lui as bien dit de t'arnener uu vaillant héros. Mais l'adolescente s'est trompée.
« Fais que son erreur me soit une joie. IN'es-tu pas le divin Jupiter hospitalier? Souffre que dans l'Olympe un mortel s'assoie aux tables des dieux!... Que dis-je?
« Haut et ardu, le mont capitolin, ton second Olympe, se dresse vers le ciel. Cela est-il un rêve? Dans ma profonde poitrine descend une sérénité
« Nouvelle, et le soleil inonde mon front. 0 vous, longues tresses de Rome, enlacez-moi maintenant! » — chantait Goethe, un jour. Ailées, nourries de ses plus purs esprits,
Les Élégies s'élevaient dans la solennelle conque des cieux. Et Faustine entendit le frémissement de leurs ailes amoureuses, et elle tendit au dieu ses bras de bacchante.
Elle tendit ses bras blancs. — « Brûlez, ô lampes qu'alimente une huile d'Amour! Il fait bon jouir du lit qu'Amour chauffe, avant que le Léthé fatal mouille tes pieds. » —
El sur ce sein, riant à la mort, il inclina .^ o 1 1 front marmoréen ; et maintes fois sur ces reins cambrés il compta le nombre puissant de l'hexamètre.
(Sonnot.)
Par l'ancienne allée de l'Aurore, le matin, quand les cyprès dorment, tu passes, ô nouvelle princesse de Piombino, et autour de toi le vent embaume.
Autour de toi, blonde Napée de Raphaël, vit la grande flore ludovisienne qui croît au soleil latin, dans la béatitude de l'heure.
Et les fontaines vivent, et, sur ton passage, l'intense volupté de la vie travaille les cyprès euxmêmes, hauts et calmes ;
Et c'est toi que désire, c'est toi que chante l'âme immense de la villa séculaire, ô toi que dans leurs rêves aiment les poètes !
(Sonnet.) Lorsque dans les jardins fabuleux et vermeils la Lune épaississait ses mystères (hauts et légers, les
Lys, pris d'amour pour elle, se balançaient sur une double file),
Les Belles soulevaient des coussins leurs têtes, pour tisser des rayons; et, le long des lits de roses, les murmures se propageaient, appelant les Chevaliers à F embûche- Ces nuits-là, ô ma Belle, vos doux doigts n'ont-ils pas avec l'argent lunaire tissé un rets fatal?
Me sentant tout entier captif de vos liens, ce doute m'est venu à l'esprit, et mon âme en tremble encore, éperdue.
(Sonnet.)
Un parfum de roses, venu peut-être des jardins clos du Roi, flottait confusément; et dans l'heure froide, au haut du ciel, la Lune resplendissait sur le palais Barberini.
De leurs voix rauques et lentes, les fontaines murmuraient, invisibles entre les pins; de temps à autre, des glaives de diamant jaillissaient tout à coup au-dessus des branches.
Nous, accoudés à la haute loggia, seuls, (elle frissonnait), nous écoutions les propos languissants des fontaines.
Moins doux est le chant des rossignols! Dans l'aube, un vague son de cloches nous arrivait de la Trinité-des-Monts.
(Sonnet.) Sur le palais Lorenzana la Lune resplendissait, plus claire, contemplant, ô Donna Francesca, votre beauté raphaëlesque avec une douceur presque humaine.
Dans la sérénité fraîche, la fontaine de Giacomo, dune voix rauque et basse, émettait des paroles, telle une fontaine magique des temps chevaleresques.
Les eaux scintillaient; les statues prenaient de vivantes attitudes et, sous la blanche clarté, dansaient en rond avec des fugues rapides.
Grâce à ces secours, je baisai enfin vos pures lèvres. Ce fut ainsi que l'amour vous vainquit... Ô chère petite fontaine des Tortues!
(Quatrains rimes sur deux rimes constantes.) Sur le balcon florentin dort, la tête appuyée à la balustrade, la Titania de Shakespeare, et un divin rêve monte de son cœur lunatique.
Une résille d'argent sidéral enferme sa chevelure, et, lumineuses, les dépouilles des serpents revêtent son idéale beauté.
C'est pour elle que, sur l'opale de Pair, les araignées trament entre les troncs des arbres leurs subtils ouvrages; et les fils d'or tremblent à son souffle immortel.
Ainsi, ô Donna Francesca, dans la natale blancheur de Séléné vous dormez maintenant; et moi, autour de vos beautés sereines, je vais tramant le madrigal,
Tandis que les roses exhalent leur âme aromatique dans les roseraies, et que les rossignols, les fleuves et les poètes chantent la nuit auguste et nuptiale.
(Sonnet.) Une nuit, comme j'avais doucement, d'une main tremblante, soulevé la haute portière, j'aperçus près du grand lit ma douce amante agenouillée, qui priait.
Autour de la chambre vaste et sévère couraient, tissées avec un art délicat, les saintes allégories qui peut-être ravissaient dans la sphère des extases cette âme priante.
Je m'arrêtai, muet, comme au seuil d'un temple; mais mon désir se plongea tout entier, avec un. sifflement, dans ce mystérieux arôme.
Et lorsque (ô nuit!), lorsque je dénouai sa divine chevelure et que, vaincue, elle m'ouvrit ses bras, le lit me parut un autel.
(Sonnet.) L'aube glacée entre à travers les vitres dans l'ombre de ce lit où elle dort, lasse de volupté, tenant mi-closes ses douces lèvres où tremble le sourire.
Or la Lune, frappant dans le coffret ouvert les beaux joyaux, fameux ouvrages d'habiles orfèvres, illumine diamants, camées, perles, émeraudes.
Les colliers resplendissent comme les spirales de quelque fabuleux reptile assoupi, et les rubis semblent de vivantes prunelles.
A côté, dans la coupe, languit, noble et pur, un lys virginal, tel un liturgique vase d'argent.
(Exercice métrique en quatrains rimes.) 0 douce amie, vous ne saviez donc pas la véridiquc doctrine que, dans le monde, à l'ombre du Sinaï, le fils de Jésus, bel et joyeux adolescent,
Prêcha, de par Adonaï. aux femmes et aux hommes qui l'écoutaient, et aux éphèbes ses compagnons, parmi les roses, tandis que les troupeaux errants descendaient de la montagne?
Comme Cyrus fils de Cambyse, il était adroit et fort, généreux et ménager, sans rival pour brandir la lance ou tirer de l'arc; et nombreuses sont les bêtes sauvages que sa main tua,
Sa main cligne d'un roi, experte à parfumer sa chevelure blonde avec de rares essences qui faisaient languir les femmes dans une profonde suavité.
Divin était son nom : Eléabani. Et c'était comme une huile de violettes, une huile sereine qui, avec le son de cette parole, se répandait pour lénifier les âmes des humains.
Au fond de son œil pur et cruel il y avait des fascinations secrètes. Gomme le saint prophète Daniel, il aurait asservi les lions à son joug,
Et, par sa voix, cantique de lyre, il aurait apaisé des aspics combattants. Or, pour subjuguer ici-bas les âmes, il commença par soumettre les cœurs des femmes à son désir.
Toutes, des beaux palais où resplendit l'or, et des temples où la paix sommeille, et des humbles maisons, et des tentes nomades, et des huttes, en troupes innombrables,
Elles venaient vers le fils du Nazaréen, vers le héros bien-aimé de la fortune. Elles le poursuivaient sous le soleil et sous la lune; elles l'appelaient, mourantes de son poison;
A l'aube, en se tordant les bras, elles l'invoquaient sur le tiède oreiller, ou elles rêvaient à lui, pâles dans leur ample chevelure, exténuées par le plaisir.
Traversant l'horreur des portiques silencieux, une Marie, assoiffée comme le cerf symbolique, venait à la fontaine et plongeait dans l'eau ses mains brûlantes;
Puis, étendant ces mains qui ruisselaient et mettant à nu son ventre blanc comme une coupe d'ivoire, elle murmurait : « Eléabani! Eléabani à la chevelure d'or!
» O toi pour les membres de qui les rayons du soleil ont tissé une robe! Eléabani, ô toi dans la bouche de qui les paroles sentent bon comme des grains de pur encens !
» 0 toi qui de ton corps as fait un vase pour les baumes célestes et profanes ! ô toi qui descends dans nos demeures comme dans les champs une rosée! Eléabani,
» Écoute-moi! Les astres du ciel tremblent ainsi que des pommes d'or entre les feuilles des grenadiers; et moi, je suis ivre et je languis, Eléabani, comme la biche sur la colline des aromates.
» Comme la biche au vent qui murmure entre les arbres, je tressaille et je sursaute aux moindres bruits. A chaque instant je vois luire dans le ciel une flamme. N'est-ce pas toi qui fulgures, ô Eléabani? »
Et lui, ayant reçu le Verbe en héritage, il aima, comme Jésus, à pérégriner. Ses paraboles, rapides et claires, aiguillonnaient les intelligences parleur signification acerbe.
Il aima les banquets, parce que, dans la fraternité de la table, l'âme des hommes s'ouvre et l'esprit du vin met une couronne de vive lumière
Autour des fronts; et il aima les seins des femmes, le contour de leurs épaules arquées, pour y inscrire comme sur un brillant papyrus les versets de son évangile.
Tel un fleuve, gonflé par les eaux de mai, descend à pleins bords des régions natales, et grossit encore dans sa joie, et rit avec un frémissement sauvage, et, débordant, s'allume sous le soleil :
Les bois entendent venir la ravine, étendus au
loin sur les rives pacifiques, et ils luttent vainement ; pris aux racines, ils s'abîment dans le gouffre ; telle sa doctrine
Renversait en passant les croyances et les cultes, et rayonnait de liberté sous le soleil. De même que le fleuve apporte sur son chemin des arbrisseaux, de même apportait-il de nouvelles paroles d'amour.
Il enseignait : « 0 juste, l'heure est brève. Sois patient dans ta servitude. La patience est l'immortel népenthès qui fortifie les nerfs et restaure l'âme.
, » Reçois dans ton cœur, comme dans un temple, le haut idéal, qui est fils de l'homme. Et sache en ce que tu manges et en ce que tu bois trouver l'ambroisie et le nectar vermeil. »
Et il enseignait : « 0 femme, ô Vase insigne de la douceur et Arche de l'oubli, verse aux hommes le vin que déjà le désir, en chantant, vendangeait dans tes vignes.
» Fais que, docile, ton esprit se prête au souffle de toute passion, comme la flûte d'or où l'aulède répète à plaisir sa délicieuse canzone.
» Aime ton époux et aime ton fils ; mais fais que
ta charité se répande aussi sur celui qui, humble et seul, te demande en aumône une goutte d'amour.
» Et pour t'honore r tout deviendra Myrrhe, Oliban, Encens et Benjoin ; et vers toi les cœurs monteront comme vers un autel, avec une jubilation divine.
La chaii est sainte. Elle est l'immortelle rose qui palpite, vermeille de son propre sang. Elle est la mère de l'homme et elle est sa fille; elle est celle qui l'emporte sur tout le reste.
» Elle renferme, comme une urne des aromates, toutes les voluptés, toutes les douleurs. Elle a l'opulence ardente des fruits, la suavité chaste des fleurs.
» De même que, la nuit, dans un temple, une fontaine cachée murmure et rend des accords de lyre, ainsi le sang, par son flux rythmique, fait en elle une musique très douce et très lointaine.
» La chair est sainte. Malheur à qui n'incline pas son âme devant elle : car ce malheureux nie son être même, et il renie son divin maître Jésus-Christ :
» Jésus qui, fait chair, mourut sur la croix dans la solitude de la montagne ; Jésus qui, fait chair, eut pour la femme, à Samarie, une voix si indulgente;
» Jésus qui, fait chair, brûla d'amour, un jour, en voyant sur le chemin fleuri, la Madeleine, et qui la pria d'amour, et qui m'amena ainsi à cette douce vie. »
Tels étaient ses enseignements, dans la commune allégresse du vin, à la table claire. Et les perles de sa tiare resplendissaient vaguement comme des lunes.
Le cénacle avait une forme de lyre. Dans le haut, parmi les franges de Palmyre, quatre colombes d'or aux ailes éployées étaient suspendues à d'invisibles fils.
Deux dromadaires, qui avaient sur l'échiné des outres percées de trous et, sous la mâchoire, une sonnette d'argent fin, arrosaient les dalles de marbre avec une essence de verveine.
Autour de lui, les éphèbes dompteurs de chevaux, élevant dans leurs mains des vases qui résonnaient comme des timbales, buvaient en l'honneur d'Eléabani.
Autour de lui, couverts d'escarboucles, des satrapes énormes, à la barbe d'or, buvaient le chalibon, trésor rarissime, dans une mince corne de licorne.
Les docteurs, les grammairiens, les psalmistes : et les lévites, les juges, les scribes, les marchands et les musiciens, mêlés ensemble, gaspillaient sur la table les mets exquis.
Leurs vêtements, teints de pourpres précieuses, brillaient au loin. Certains d'entre eux, taciturnes, | avaient un étrange aspect de bourreaux ou [ d'eunuques.
Mais les femmes couronnées de fleurs, aux dents blanches comme le jasmin, riaient parmi les vapeurs des viandes et dégustaient le vin à petites gorgées. dans des coupes d'émeraude.
Leur rire clair allait jusqu'à l'âme, plaisant comme un vers nombreux. D'un geste plein de grâce, elles étendaient les bras pour montrer leurs coudes roses,
Et elles prenaient sur la table les cédrats, les figues et les amandes, les dattes, les olives. Et dans le baiser, avec de belles attitudes impudiques, elles en offraient sur leurs gencives la pulpe molle.
« Or mangez et buvez, et enivrez de volupté votre cœur mortel; car l'hymne de l'ivresse monte vers Dieu aussi agréable que la fumée de l'encensoir. »
Disait Eléabani. Et son cœur, à lui, était exempt de l'ivresse, et sa voix était claire; et, sans vaciller, les perles de sa tiare resplendissaient pareilles à des lunes.
(Quatrains rimes.) « Francesca, ô mon amie, ô tremblante colombe, pourquoi penchez-vous la tête sur votre sein, toute pâle, écoutant la tempêté qui subitement gronde dans votre âme?
« Pourquoi tordez-vous de douleur vos mains, vos chères mains, ces fleurs frêles et agiles qui, hier encore, savaient passer dans mes cheveux avec de si h-ntes caresses?
» Francesca, ô mon amie, pourquoi pleurez-vous ? Vos membres tremblent si fort et votre voix se meurt si rauque sur vos lèvres blêmies, que je n'ai plus de repos. »
Et elle : « Je regarde dans mon cœur, lequel, ardent comme une lampe, est tout enveloppé d'une dépouille de serpent où transparaissent les figures horribles de l'Enfer. »
(Ballade.)
De même que, la nuit, dans un temple, une fontaine cachée murmure et rend des accords de lyre, ainsi le sang, par son flux rythmique, fait en nous une musique très douce et très lointaine.
Vraiment je ne sais quelles paroles parle dans ma tête ce sang généreux, tandis qu'il circule en son occulte dédale; mais ce que je sais bien, c'est que jamais rebecs ou violes n'ornèrent de ritournelles plus charmantes les sérénades d'amour, sous les fenêtres des palais. Chante, ô sang généreux, et toutes les pensées mauvaises, chasse-les de mon âme, comme ferait un vin. Au centre de mon cœur un visage rit, regardant la vendange allègre et saine.
(Sonnet.)
Je vous le dis, Francesca. Si mes vers sont coupables d'avoir décrit votre naturelle beauté dans le bain, tout entière, sans la chaste ceinture et sans le voile,
Il y a beau temps que Fra Bartolomeo, peignant
les Protecteurs de Florence, montra Notre Dame dans sa noble grâce, toute nue au milieu du grand cortège.
Or donc, si le bon moine de San Marco, dont l'âme est montée parmi les étoiles éternelles, eut pour son œuvre une telle hardiesse,
Me sera-t-il défendu, à moi, de découvrir dans mes vers les deux beautés jumelles de votre sein et la blanche courbe de vos amples épaules?
(Sonnet.)
Lorsque, par les larges degrés d'argent, la Reine montait vers l'autel, les yeux humides levés sur le Tabernacle, pâle et froide, voulant prier,
Le blanc métal rendait en cadence une sonore vibration sous les heurts de sa chaussure, et toutes les marches avaient comme un carillon de fête.
Ainsi, ô Francesca. votre blonde beauté, appelée par le désir, gravit maintenant le mystique édifice de mes vers.
Sous vos pieds mes vers ondoient en de longs accords, et, en haut, parmi les parfums des urnes, vous attend le sacrifice.
(Sonetlo caudalo.)
Jadis le cardinal Grimani avait dans son bréviaire, fin trésor, une image où de nombreux anges, en chœur, bleus et blonds, aux beaux visages humains,
Sur leurs épaules, ou sur leurs agiles ailes d'or, ou sur leurs paumes délicates, offraient, couronnées de nimbes chrétiens, les âmes des Élus à leur Seigneur.
Nues étaient les âmes; et, belle entre toutes, une figure féminine montait dans sa douce nudité.
J'aime à t'imaginer ainsi, ô pieuse Épouse, dans la montée bleue de la route divine, sur les ailes d'une candide angelette.
O servante du Seigneur, coloré par l'émoi pudique, le lys vivant de ton corps apparaîtra vermeil,
Et dans toutes ses boucles flamboiera ta glorieuse chevelure, semblable à une grande torche parfumée.