‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 68 sur 141 · AU POÈTE GIUSEPPE CELLINI · texte numérisé non relu

AU POÈTE GIUSEPPE CELLINI

(Sonnets.)

0 Cellini, c'était pour moi un temps très dur et très fâcheux, celui où, dans une aveugle colère, Amour venait à l'assaut de ma vie avec son dard empoisonné.

Beaucoup plus agréable est aujourd'hui l'empire auquel une femme a soumis mes sens, réveillant au fond de mon cœur apaisé un esprit d'amour qui dormait.

Avec quelle mansuétude son visage me fait signe , parmi l'éparse floraison des boucles blondes, ce visage au teint angélique de perle !

Rien qu'à la voir, mon âme rit. Tant de bonté sereine s'épanche de ses yeux profonds que j'en suis environné de toutes parts.

Ami, mes tristes passions s'inclinent maintenant sous son joug, sans plus se révolter; et, très haut, comme des oiseaux allègres, mes chansons s'envolent à travers de grands cieux d'amour.

Vers elle sont venues les Grâces qui dans les plis de leurs robes simples lui apportaient les dons rares, comme autrefois à Giovanna Tornabuoni, dans la belle fresque de notre Botticelli.

Vers elle sont venues les Grâces; et, comme Giovanna, d'un geste avenant, elle a tendu son petit tablier aux visiteuses.

Et celles-ci l'ont appelée par son nom. Et il me semble que leur présence emplit encore de splendeur mon heureux logis.

Quand je t'aurai chez moi, hôte cher, si les événements ne sont pas trop durs, parmi ces attraits de septembre qui s'attardent dans le ciel humide et clair.

Il nous plaira d'ourdir de beaux discours, en cheminant côte à côte le long des vignes, ou, assis à l'ombre, d'orner par de délicats commentaires Tibulle. Horace et Virgile.

Autour de nous régnera une ample paix rurale. Mais, de temps à autre, nos oreilles entendront sortir de la tonnelle quelques accords de lyre.

Et le soleil tombera sur les monts; et dans le lointain la mer natale sourira parmi les feux roses ; et, de Corcyre, Tibulle soupirera.

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