PANIQUE
(Sonnet.»
A cette énorme et salubre haleine qui émane du sein de la terre humide, alors que la terre, aimée par le soleil, dort dans la tranquillité de midi,
Je sens au fond de mon être se desserrer un nœud de choses encore informes. Une étrange angoisse m'oppresse. Quelles sont les formes que va enfanter la plante humaine lasse?
Et l'angoisse me poursuit. Et le spectacle infini des plaines, et le parfum secret qui s'élève des plaines, et la splendeur
De l'air, et ces immenses ondes de vie qui passent en tumulte sur ma tète, me donnent maintenant je ne sais quelle terreur.
SED NON SATIATUS
(Sonnets).
Dans le gris de mes prunelles éteintes ne sourit plus aucun éclair de jeunesse. Ma jeunesse barbare et forte se tue entre les bras des femmes.
C'est vainement qu'avec de grands cris ma cohorte m'appelle aux armes et aux combats. Ici, dans l'oisiveté, j'oublie mon beau destin, au milieu des voluptés folles et perfides.
Une sorte de poison doux s'insinue par toutes mes artères; une langueur prolongée m'énerve; et je n'ai plus le courage de lutter,
Comme à l'époque où bondissait sur le vent ma strophe ivre et farouche, qui naguère clamait : O mer, ô mer, ô mer!
Ô beaux corps de femmes qui enlacez comme les anneaux d'un reptile blanc et souple, je ne sais pas encore délivrer de vos nœuds mon flanc rassasié.
Beaux seins qui dressez vos pointes fleuries, vous sur lesquels, à l'aube, tombe ma tête lasse, lorsque, dans les suprêmes abattements de la volupté, je me raidis et défaille;
Croupes félines aux sillons desquelles mes doigts musiciens montent rythmiquement comme sur les cordes d'une lyre;
Dents aux morsures desquelles je m'abandonne volontiers, bouches plus sanglantes qu'une blessure, il m'est doux pourtant de me flétrir ainsi pour vous.