‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 89 sur 141 · AVE ROMA · texte numérisé non relu

AVE ROMA

Exilé, moi aussi, rêvant à toi, toujours à toi rêvant, ô Rome, je ne suis pas Ovide parmi les barbares chevelus ;

Et ce n'est pas la colère de César qui m'a frappé ; mais c'est la funeste déesse qui règne sur ta campagne inculte et sacrée.

Elle m'a visité dans mon sommeil, la Fièvre livide; et le mortel poison s'est, hélas! répandu dans tout mon sang.

Lugubre est mon périr, quoique ce ne soit pas ici le Pont sauvage et que je n'aie pas à craindre de recevoir au cœur la flèche du Scythe.

Sous un ciel serein, l'exil est plus dur pour un cœur auquel rien ne reste de ce qu'il aima.

Lasse est ma chair, et déjà mon âme expire dans cette paix incomprise. Oh, laissez une ombre s'en aller vers la mort !

Tout est serein. Le flot est docile. Ainsi qu'une lyre se recourbe le rivage, où croissent les héraérocalles

Semblables aux asphodèles qui embellissent les pentes de l'Hadès, tout blancs. Mais ce n'est pas cette paix que le moribond demande.

11 demande le silence infini, éternel, qui s'étend sur l'immuable charme du désert où tu t'élèves, ô Rome.

Quelle haute montagne, quel océan sans bornes, quelles ténèbres profondes l'emportent sur une telle solitude?

C'est là que je voudrais mourir! Oh, le voir de loin plus grande que les plus grandes choses, et te dire en mourant : « Ave,

» Rome, ô toi si douce et si terrible! Ave, Rome unique, unique patrie de mon âme! »

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