‹ Poésies, 1878-1893Chapitre 90 sur 141 · VESTIGIA · texte numérisé non relu

VESTIGIA

Tu reviens donc, ô Vie? Tu reviens à moi avec un rire incertain, et tu portes dans ta main des feuillages décolorés.

Et toi aussi tu reviens, ô Amour? Tu reviens sournoisement, et tu portes dans ta main la coupe d'autrefois, pleine d'un vin frelaté.

La Vie dit : « Regarde en arrière les vieilles empreintes de tes pas ! Il y a de plus doux fruits, d'autres biens ignorés. »

L'Amour dit : « Bois! » Et il répète ce qu'il disait jadis : « Voici la nouvelle ivresse, le bien inconnu. »

Mon Ame dit : « Vaines tentations! J'enferme en moi un songe suprême. De moi ce songe ne sortira jamais plus. »

Et pourtant elle se retourne, regarde les vieilles empreintes. O forêt silencieuse, pâle, nue, jamais oubliée!

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