‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 10 sur 66 · L^4 MO%T DES VIEUX · texte numérisé non relu

L^4 MO%T DES VIEUX

Jl E. Manuel.

'est au changement de saison, Quand revit la nature entière, Que les vieux quittent la maison Et vont dormir au cimetière.

Tout l'hiver, les doigts allongés Vers la flamme claire et folâtre, Ils ont, dans leurs rêves plongés, Vécu tranquilles près de l'âtre.

La bise qui grondait dehors Leur parlait des chasses passées Ht, sans geler leurs pauvres corps, Berçait doucement leurs pensées.

Mais au premier souffle d'avril, A la première pâquerette, Ils ont cru pouvoir sans péril Sortir de leur tiède retraite

Et s'en aller — grands écoliers — Sous le houx géant du village, Auprès des lézards familiers, Causer des choses d'un autre âge,

Se conter d'antiques récits

Qu'ils s'étaient faits cent fois peut-être,

Parler de deuils et de soucis,

Et d'un temps qui ne peut renaître,

Des seigles qui s'en vont fleurir,

Du bois qui reverdit par places.

Ht d'un tel qui vient de mourir,

— Plus jeune pourtant de trois classes...

Mais, comme le vin des coteaux, Au mois d'avril le soleil grise, Puis le froid aux trous des manteaux Pénètre quand fraîchit la brise.

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