‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 9 sur 66 · LES CAVALIERS DE SAINT GEORGES · texte numérisé non relu

LES CAVALIERS DE SAINT GEORGES

Et sous ses doux regards pâquerettes d'éclore, Ruisselets de bondir à travers les vallons, Poètes de rimer des cantiques à Flore, Et clochers dans le ciel, qui de bleu se colore, De lancer leurs frais carillons...

Mais l'hiver ne veut point s'en aller sans bataille : Il appelle saint George et son fauve escadron D'ouragans tout chargés de neige et de mitraille, Et le vent d'ouest, sous qui la mer même tressaille Quand il embouche son clairon.

Dans l'azur tiède et clair, tout au bout de la plaine Qui fume au doux soleil comme un vaste encensoir, Poussés par je ne sais quelle puissante haleine, Un nuage apparaît aussi blanc que la laine, Puis un autre livide et noir.

En avant ! C'est saint George et ses dragons ! l'espace S'emplit de hurlements, de râles et de pleurs... En avant ! Et la charge arrive, fauche et passe, Et fuit vers l'horizon, et décroît et s'efface, Ayant broyé bourgeons et fleurs...

Or voici le soleil, qui de lueurs plus douces Enveloppe les monts, les coteaux et les bois, Fait fondre les grêlons qui meurtrirent les pousses, Relève les muguets écrasés dans les mousses, Et rend au merle noir la voix.

Mais le vent saute à l'est, et brusquement saint George Tourne bride et revient avec ses cavaliers, Pleuvant, neigeant, grêlant, clamant à pleine gorge, Et piétinant les prés, les champs de seigle et d'orge, Les parterres et les halliers...

Qu'importe? le soleil après la giboulée Retrouve son sourire et redonne l'espoir; Et l'hiver furieux de sa gloire écroulée S'envole, cependant qu'au fond de la vallée Apparaît l'arc-en-ciel du soir.

Puis, des blés, des labours, des landes, des prairies, Des gazons où les fleurs se rouvrent lentement, Des grands bois revêtus d'or et de pierreries, Monte vers le soleil en notes attendries L'universel remerciment :

« Gloire! gloire au vainqueur dont les flèches ailées Ont chassé loin de nous l'hiver et le sommeil ! Gloire à qui fait la plaine et la nuit étoilées, Donne aux cœurs de la joie et des nids aux feuillées ! Gloire à toi, gloire à toi, Soleil ! »

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