‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 11 sur 66 · LA MORT DES VIEUX · texte numérisé non relu

LA MORT DES VIEUX

Le lendemain, un des bons vieux Reste au lit, a la fièvre et tousse, Et, trois jours après, clôt ses yeux, A l'aurore, et meurt sans secousse.

On le couche dans le gazon Étoile de pâles pervenches, Tandis qu'à deux pas un pinson Bâtit son nid parmi les branches ;

Puis on retourne vite aux champs, Car c'est l'heure où le travail presse, Et, sans être durs ni méchants, Un deuil trop long serait paresse.

Seulement, quelques jours après, Un autre vieillard meurt de même...

— Les feuilles poussent aux forêts, Dans le verger la ruche essaime...

Un autre tombe, un autre encor; Côte à côte ils dorment sous l'herbe : La mort n'attend pas Messidor Pour couper et nouer sa gerbe.

Pauvres vieux! à peine pleures, Vous quittez la vieille demeure.

Les grillons chantent dans les prés, Je le sais, mais il faut qu'on meure...

Et quand je retourne au pays,

Je ne vois plus vos doux visages ;

Vous vous êtes évanouis,

Vous les anciens, les bons, les sages!

Mais je vois vos petits-neveux, Vos petits-fils qui vous ressemblent, Et vos cadets aux blancs cheveux Qui sous le même houx s'assemblent;

Et je me dis que quelque jour, Si de Paris je me délivre, D'être des vieux j'aurai mon tour, Et qu'alors, sans plume et sans livre,

Avec quelques contemporains, Au soleil, à la même place, J'irai me réchauffer les reins Et reposer ma tête lasse,

l'n attendant de sommeiller Avec tous les miens, cote à cote, Terre, sur ton mol oreiller Et sons ton manteau d'herbe haute.

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