‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 19 sur 66 · AUX PAYSANS · texte numérisé non relu

AUX PAYSANS

<AUX TtAYS^AIsLS

Uuand le train haletant loin dn pays m'emporte, Mes pleurs mal essuyés me remontent aux yeux A voir des paysans, sur le seuil de leur porte, D'un grand geste amical me faire leurs adieux.

Que ce soit un vieillard presque au bout de sa vie, Une mère joyeuse avec ses nourrissons, Une enfant soulevant son blanc rideau, j'envie Ceux qui savent rester tandis que nous passons.

Qu'allons-nous donc chercher, et qu'est-ce qui nous tente Quel mirage enchanteur luit au bout du chemin, Qui nous fait préférer au vieux foyer la tente Que l'on dresse ce soir et qu'on roule demain?

Pourquoi quitter le sol où sont rentrés nos pères, Et respirer un air fait pour d'autres poumons? Ce qui rend nos sapins et nos chênes prospères, C'est qu'ils poussent toujours aux pentes de nos monts...

Je t'admire, vieillard, qui fus soldat peut-être, Mais qui, libre, revins eu hâte à ton clocher, Fermas les yeux à ceux qui te donnèrent l'être, Et trouvas le bonheur au seuil sans le chercher.

Tu suspendis ton sac, un soir, au coin de l'àtre, A l'endroit où jadis ton père mit le sien, Tu repris le sarrau du bouvier ou du pâtre, lit labouras le champ qu'avait bêché l'Ancien.

Et voici maintenant que — marchant sur ta trace — Tes fils tiennent l'araire et mènent les troupeaux, lit que des petits-lils sur l'arbre de ta race Greffent de verts bourgeons et des espoirs nouveaux.

Ah! dis-leur bien surtout, quand ils seront à l'âge Où le désir de voir allumera leurs cœurs, D'aimer toujours leur coin de terre et leur village De le quitter conscrits, d'y retourner vainqueu

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