AMENDE HONORABLE
Raids leurs corps beaux et fiers comme les 1 roues des hêtres, Connue fout ce qui liait et croit en liberté; Ressuscite pour eux l'âme de leurs ancêtres, Toute faite d'élan, de force et de clarté,
Afin qu'un jour, pareille à la ruche en furie
Que dans l'herbe, en luttant, renversent deux taureaux,
Tu puisses de ton sein voir jaillir, ô Patrie,
Tout armés et vibrants, tes essaims de héros!
Car ce n'est plus qu'en toi, Terre calomniée, Que placent aujourd'hui leur espoir de demain Tous ceux qui — te fuyant — ne t'ont pas reniée, Et qui rêvent du soc, une plume à la main.
Pardonne à qui te hait, dédaigne qui t'outrage, Souris au déserteur qui retourne vers toi, Donne à tous tes enfants patience et courage, La joie à qui récolte, à qui sème, la foi ;
Et lu nous sauveras des abimes où tombe Tout peuple qui t'oublie ou rit de tes leçons, Car tu ne voudras point n'être plus qu'une tombe, O mère des soldats et mère des moissons!
^4 L^A KEIGE
neige douce et molle et blanche, O belle neige de Noël, Qui remets des fleurs sur la branche Et des essaims au fond du ciel,
Sois parmi nous la bienvenue !
Descends à flots, viens te poser Sur la terre glacée et nue Que réchauffera ton baiser.
IO LA UONNE TliRRli
Protège-la, la vieille Mère Dont le flanc n'est pas cncor las De donner cette vie arrière,
— Et qu'on aime pourtant, hélas!
Couvre bien son sein de nourrice Gercé par la bise en fureur; S'il faut que quelqu'un le meurtrisse, Que ce soit le seul laboureur.
Préserve du froid la semence D'où sortiront les moissons d'or, Le gland où le chêne commence, Et l'humble graine où la fleur dort.
Descends jusqu'aux sources profondes due l'hiver, sans toi, fait tarir, Afin qu'on voie encor leurs ondes Dans l'herbe nouvelle courir.
Gonfle les racines de sève, Pour que les hêtres, au printemps, Versent au poète qui rêve L'ombre de leurs rameaux flottants.
Sois indulgente aux pauvres bêtes Qui frissonnent au fond des bois,
Quand sur toi passent les tempêtes Qui de l.i meute ont les abois.