‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 21 sur 66 · LA FORÊT · texte numérisé non relu

LA FORÊT

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<y4 Jinàrè Thevriei.

J 'ai quitté ma forêt que mordoré l'automne, Pour la mer de Provence aux éternels flots bleus; Toutes deux font leur chant confus et monotone, Sur la berge ou le long des coteaux onduleux.

Mais, je le dis bien haut, j'aime mieux la première : Elle est moins vaste, elle est moins morne, elle n'a pas Cet éclat aveuglant et dur sous la lumière, — Faux sourire cachant le gouffre et le trépas.

Elle n'attire point au chant d'une sirène Les hommes beaux et forts qu'elle veut dévorer; Quand la joie ou le deuil vers elle nous entraîne, On y peut sans péril aller rire ou pleurer.

Ses monstres ne sont rien auprès de ceux de l'onde; Ses drames — mort d'un garde ou de deux bûcherons Ne vont pas de longs mois épouvanter le monde, Ni plonger dans le deuil plusieurs milliers de fronts.

Elle ne fait jamais, d'ailleurs, que se défendre : Rarement elle tue, et toujours à regret; Puis soudain redevient douce, plaintive et tendre, Et se lamente comme une mère ferait...

La forêt, c'est encor la Terre maternelle, Meilleure que l'abîme aux vastes flots salés; Sur nos lointains berceaux elle étendit son aile, C'est la sœur de la vigne et l'aïeule des blés.

La forêt est sacrée, et ses hautes ramures Où, selon les saisons, le vent change de voix, Ont éveillé le rêve à leurs vagues murmures Et mis l'homme à genoux pour la première fois.

La forêt est féconde, et tout d'abord nos pères De faînes et de glands à son ombre ont vécu; Elle prête aux proscrits ses sauvages repaires, Elle est l'abri dernier d'un grand peuple vaincu.

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