LA FORET
L'homme ingrat la mutile, ou la brûle, ou l'arrache Pour augmenter ses champs, ses vignes et ses prés, — Promenant la charrue où retentit la hache, Et préférant le chaume aux vieux chênes sacrés;
Mais la forêt pardonne et reconquiert les pentes, Dès que l'homme distrait a détourné les yeux; Elle refait pour lui des timons, des charpentes Et des rameaux épais qui chantent dans les cieux.
Que dis-jc ! quand il veut, emporté par son rêve, Aller voir ce que cache au loin le gouffre amer, La forêt fait rouler ses vieux troncs sur la grève, Et fournit le vaisseau qui domptera la mer.
Puis, lorsque l'Océan, dans son aveugle rage,
Ainsi qu'un étalon qu'exaspère le mors,
De sa croupe a jeté le navire au rivage
Et craché dans des flots d'écume un tas de morts,
La forêt donne encor des planches pour la bière, Une croix pour l'endroit précis où chacun dort, Et, pour cacher l'argile ou réchauffer la pierre, Le tourbillon plaintif de ses feuillages d'or...
J2 LA BONNE TtRRli
Peut-être quelque jour, quand finiront nos races, Lorsque routes, cités, vains labeurs de nos mains, Sur le globe seront semblables à ces traces Que laissent les fourmis traversant nos chemins,
Sur la Terre vieillie et veuve de ses hommes, Les bois victorieux jusqu'aux mers s'étendront, Lt les chênes, croissant librement où nous sommes, Sur l'humanité morte à jamais pleureront.
Li; PHARE 75