LE TH^%E
isi mon ami *Kj. 'Kjoble.
Jous la pluie ou le vent, dans l'azur ou la brume, Dès que monte le flot et que la nuit descend, A l'horizon, là-bas, le phare se rallume Et cligne avec lenteur son œil doux et puissant.
Sentinelle attentive à son poste fidèle, Par-dessus les embruns et les paquets de mer, Il aperçoit au loin toute voile et toute aile, Et leur fait si^ne d'un éclair.
lit tous accourent, tous, à sa flamme bénie : Frêle barque, trois-mats svelte, cuirassé noir, — Fuyant la nuit profonde et l'horreur infinie, — Comme des papillons à la lampe, le soir.
Car à tous cet œil d'or dit : « C'est ici la rive, C'est le port abrité de la pluie et du vent., Le vieux quai dont l'anneau de fer, quand on arrive, Vous saisit comme un poing vivant.
« C'est la plage, pécheur, où ta femme anxieuse, Un nourrisson au sein, interroge les flots; Proscrit, c'est le foyer; c'est la cité joyeuse, Peuple joyeux des matelots.
« C'est, là-haut dans les pins, l'oratoire à la Vierge Où — sceptiques à terre et dévots à la mer — Pour accomplir un vœu vous porterez un cierge Près du cierge apporté par vos mères, hier.
« Vieux marins qu'ont lassés la tempête et la lame Et vingt cieux sous lesquels le sort vous a menés, Vous qui, le liàle au front et le vide dans l'âme, A la Terre enfin retournez,
« Je vois, sur le coteau qui domine la rade ht d'où votre œil encore errera sur les eaux, La petite maison à la blanche façade ( )ù la vigne étend ses réseaux;
lu phare 75
« Sur la terrasse un pin à la vaste ramure Ouvre son parasol où, l'hiver et l'été, Le mistral va pour vous mettre son grand murmure, Écho de l'Océan à regret déserté.
« Et toi, petit soldat, gentil troupier de France, Qui reviens du Tonkin où ton sang a coulé, Gardant dans tes yeux noirs agrandis de souffrance L'amour de la glèbe et du blé,
« Viens aussi ! J'aperçois, ou du moins je devine Dans les arbres, là-bas, le petit clocher bleu Dont les voix ont toujours cette douceur divine Qui te faisait pleurer à l'heure de l'adieu... »
Oh ! par les mâts rompus et par l'aile meurtrie, Par les cœurs qu'au pays ramène un grand amour, Sois béni, phare d'or, regard de la Patrie, Œil doux comme celui d'une mère au retour!
VETIT SOLTf^T
A François Coppte.
v>'était un pauvre fils des genêts, comme moi,
Que le sort, ù vingt ans, avait pris à sa terre,
lit qui, de laboureur devenu militaire,
S'alla battre au Tonkin sans trop savoir pourquoi.
Reçut une blessure à Lang-Son, prit les lièvres,
Et repartit, le nom du pays sur les lèvres,
Soutenu par l'espoir que, dans quarante jours,
11 reverrait ses bois, sa mère et ses amours,
Et Jacques son cadet, l'humble gardeur de chèvres,