EXODE
Les troupeaux, oubliant leurs six mois de prison Et le foin rare et dur qu'ils trouvaient dans les crèches, Mugissent en marchant vers le libre horizon.
En arrière pourtant et retournant la tête
Vers le petit enclos où fleurit le prunier,
Clopin-clopant, pleurant tout bas comme une bête,
Le petit vacher Jean chemine le dernier.
Il a plus de chagrin que tous les veaux qu'on sèvre,
Car la fermière était maternelle pour lui,
Pour lui toujours avait un mot tendre à la lèvre,
Parfois même deux bons baisers, comme aujourd'hui !
Qu'il sera malheureux pendant six mois loin d'elle,
Perdu les jours entiers sur la lande et rêvant
Du nuage qui court là-bas, à tire-d'aile,
Vers la ferme où resta son petit cœur d'enfant !
A TETIT JACQUES
vJ e n'ai pas pu, depuis vingt ans, Dans mon pays voir un printemps; J'en ai passé dix en Provence, A peu près autant à Paris, Les uns vermeils, les autres j;iis, Pas un dans mon pays d'enfance.