‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 43 sur 66 · LA CHANSON DE L'ALOUETTE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE L'ALOUETTE

« Épaissis sur eux quand ils écloront

La moisson mouvante, Pour que Fépervier sinistre à l'œil rond N'y puisse jamais semer l'épouvante

Quand ils écloront.

« Mûris le bon grain sur les tig;es frêles

D'où je prends l'essor; Préserve nos blés des froids et des grêles : Semeurs et chanteurs, c'est notre trésor

Que ces tiges frêles !

« Ht quand l'acier bleu rasera le sol,

Fais que ma famille, Vaillante, vers toi prenne enfin son vol, Narguant, de l'azur, la fine faucille

Qui rase le sol !...

« Mais du fond des blés une voix m'appelle;

Va! monte au zénith, Beau soleil ! La terre est aussi bien belle ! Mes petits sont nés, je retombe au nid

Où leur voix m'appelle. »

Quinze ou vingt jours après, Les oisillons sont prêts A prendre leur volée; Demain ils s'enfuiront — Un fin duvet au front Et la queue étalée — Par la plaine brûlée Où les faux siffleront; Mais à cette heure encore, Sous la voûte sonore Des froments onduleux, Alourdis de pâture, Ils voient, par les trous bleus De leur riche toiture, Leur père l'œil joyeux Remontant dans les cieux.

« Attende/, mes enfants, dit-il en son langage; Vous quitterez bientôt votre nid trop étroit, lit le inonde est plus grand et plus beau qu'on ne croit Quand on n'a que votre âge.

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