‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 44 sur 66 · LA CHANSON' DE L ALOUETTE · texte numérisé non relu

LA CHANSON' DE L ALOUETTE

« Mais il faut des poumons pour plonger dans l'azur, Une aile forte pour gouverner dans la nue ; Et votre plume est frêle, et votre voix menue; Pour vous le chaume seul est sûr.

« Plus tard vos yeux verront l'horizon qui m'enchante ; Où je plane à présent un jour vous monterez, De lumière et d'air pur vous vous enivrerez, Vous chanterez ce que je chante.

« Vous chanterez la plaine et ses profonds labours, La plaine et ses blés verts, la plaine et sa mer blonde, La plaine dépouillée et la plaine féconde, Belle toujours, chère toujours!

« Vous chanterez les prés où notre humble cousine, Qui ne peut comme nous s'envoler dans l'azur, Fait entendre, au matin, son chant léger et pur, Debout au fond de l'herbe fine;

« Vous direz les hameaux sous les arbres cachés, Ruches d'où chaque jour s'éparpillent en plaine Laboureurs et semeurs, qui reprennent haleine En regardant leurs vieux clochers;

« Et vous direz les bois et les landes lointaines, Et les coteaux fleuris et les monts désolés, Derrière lesquels sont d'autres champs, d'autres blés, Et d'autres hameaux par centaines,

« Et — toujours s'étendant sous le ciel gris ou bleu. Comblant de bien partout le grand peuple qui l'aime — Le sol des vieux Gaulois dont nous sommes l'emblème, Le sol d'où nous montons vers Dieu!... »

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