‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 53 sur 66 · CE QUE VISENT LES FEUILLES MONTES · texte numérisé non relu

CE QUE VISENT LES FEUILLES MONTES

JCn s'envolant par tourbillons De la forêt vers les sillons, Avec un bruissement d'ailes, Que disent les feuilles des bois?

Elles ont de si douces voix !

Traduis, rêveur; que disent-elles?

— Elles disent que le printemps Les remplissait de nids chantants, L'été, de rayons et de brises ; Mais que le printemps et l'été Ne sont plus et n'ont guère été, Et que le froid les a surprises;

Qu'elles comptaient longtemps encor

Abriter sous leur manteau d'or

Les troncs durs et les branches souples,

Faire de l'ombre sur les eaux,

Dérober au plomb les oiseaux,

Aux indiscrets les jeunes couples;

Et que c'est un triste destin

De sentir l'air vif du matin

Les arracher à leurs ramures,

Et la bise les promener,

Et les passants les piétiner

Dans les sentiers pleins de murmures.

Elles disent qu'elles n'ont plus — Leurs beaux jours étant révolus — Qu'à s'en aller au gré de l'onde, Sous les grands saules dépouillés, Ainsi que des oiseaux mouillés, Vers l'abîme lointain qui gronde;

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