‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 62 sur 66 · FLEUR-DE-NEIGE · texte numérisé non relu

FLEUR-DE-NEIGE

Mais la voix du bouvier, qui dans la cour blasphème, Lui rappelle soudain l'épouvantable nuit; Et Fleur-de-Neige expire en un frisson suprême, Et son âme, oiseau blanc, dans les blancheurs s'enfuit.

A travers prés et bois, blancs guérets, landes blanches, Par les sentiers moelleux où nul bruit ne s'entend, Blancs aussi, les porteurs font, en frôlant les branches, Pleuvoir les fleurs d'hiver sur ce lis éclatant.

Hormis le ruisseau, noir comme un voile de veuve, Tout floconne et sourit jusques à l'horizon; Le sonneur au clocher sonne la cloche neuve, L'herbe du cimetière a des airs de toison.

Et quand le fossoyeur, à larges coups de pelle, Repousse dans le trou la glaise des sillons, Pour la faire plus douce à l'enfant et plus belle, L'essaim blanc de Noël s'y pose en tourbillons.

Puis il se pose encor sur la fosse comblée, Emplit les pas de ceux qui suivaient le cercueil, Si bien que les sommets, le bois et la vallée Se sont vêtus de blanc pour porter un tel deuil.

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