‹ Poésies, 1888-1892Chapitre 64 sur 66 · VOIX ÉTEINTES 2J · texte numérisé non relu

VOIX ÉTEINTES 2J

Puis la voix do l'étang trop plein qui se déverse En cascade du haut du rocher, et me berce

Comme une très vieille chanson Dans laquelle j'entends, confuses et fondues, Toutes les chères voix autrefois entendues, Distinctes, sous le toit de l'antique maison.

Cette voix grave, c'est la tienne, Aïeule qui, les soirs d'hiver, Nous parlais d'une époque ancienne Où le pain noir même était cher,

Où le seigneur prenait sa gerbe, Où le peuple tuait son Roi, Où Robespierre comme l'herbe Courbait tout sous un vaste effroi ;

Où l'on voyait partout des traîtres Que l'on emprisonnait en tas, Où toi-même cachais deux prêtres Plusieurs mois dans ton galetas;

Où, plus tard, pour plaire à sa femme, Bonaparte rendait à Dieu Ton humble église et Notre-Dame, Et tes cloches au clocher bleu,

Puis partait pour ses longues guerres, Emmenant tant de gais conscrits Dont, hélas! il ne revint guères, Longtemps après, que des débris...

Et par degrés la voix de l'aïeule se change En une voix plus jeune et plus gaie; et j'entends Des contes familiers d'une saveur étrange, Coupés de rires éclatants;

Et des chansons d'un charme infini, vieilles, vieilles, En langage naïf et gauche d'autrefois... Ah! je te reconnais, doux enjôleur d'oreilles, Oncle Joseph, c'est bien ta voix !

Oui, chante, chante encore et Jeannette et Prospère, Et la NontU et V Anglais et vingt autres encor, — Répertoire naïf du père et du grand-père, Humble ruche d'abeilles d'or..,

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