GARDEUSE D OIES
Vieille, oh! vieille comme un pré,
Son petit nez empourpré
A la nuance des baies
Que, tout le long du sentier,
En automne, l'églantier
Met par grappes dans les haies.
Mais ses yeux, jadis mutins, Sont depuis longtemps éteints Par les larmes et par l'âge, Car elle a beaucoup souffert, Étant depuis l'autre hiver La doyenne du village.
Elle chante encor pourtant Des airs qu'à peine on entend, Qu'elle mêle et qu'elle embrouille Dans sa cervelle d'oiseau, Comme, en tournant son fuseau, Le fil gris de sa quenouille.
Puis ce sont des oraisons,
Des discours à ses oisons
Qui d'ailleurs semblent l'entendre,
Et vers elle en trébuchant
S'en viennent, disant leur chant
Puéril, joyeux et tendre.
Elle partage avec eux
La croûte de pain rugueux
Qu'elle a toujours dans sa poche,
Comme eux dans l'herbe s'endort,
Et fait quelque rêve d'or
Du paradis qui s'approche...
Jadis, dans le même endroit Du même chemin étroit, Elle s'endormait bambine ; Et depuis, quatre-vingts fois Avril reverdit les bois Et refleurit l'aubépine.
Et c'est vraiment très touchant, Cette aurore et ce couchant Séparés par une vie De labeurs et de chagrins, Et pourtant tous deux sereins lit tous deux dignes d'envie.
lionne vieille, qui demain
Laisseras choir de la main
Ta quenouille et, sans secousse.
Tomberas au grand sommeil,
Comme tombe un finit vermeil, A l'automne, dans la mousse;
GAKDEUSE D OIES
Va, ton lot fut des meilleurs :
Combien vont chercher ailleurs Faux savoir et fausses joies, Qui ne pourront plus, hélas !
Une fois vieillis et las, Retourner garder les oies.
LES C „i Vji LIE % S 'DE SiAITsLT GEORGES
Le printemps ce matin s'est mis à la fenêtre, En entendant jaser le merle sur son nid; Il fleurit le prunier et bourgeonne le hêtre, lit met dans tous les cœurs ce suave bien-être Qui fait qu'on chante et qu'on bénit.
' On appelle ainsi, dans le Rouergue, les jours d'avril qui
précèdent ou suivent l.i Saint-Georges, et qui genéraletneut
voient éclater les dernières giboulées.