‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 11 sur 81 · OISEAU VOLE · texte numérisé non relu

OISEAU VOLE

^,4 Taul "DeJair.

V a , libre oiseau du ciel, à grande aile fuyant, Vers ces lointains pays où mon cœur t'accompagne.

her oiseau du ciel, jusqu'au* mers d'Orient, Où pensent au retour nos marins de Bretagne :

Nos hommes du Croisic et du vieux bourg de Batz, Et ceux de Pont-Aven, de Roscoff, de Guérande; Et les pauvres pieds nus partis de Saint-Gildas... Nous avons tant prié pour que Dieu nous les rende !

Celui que mon cœur aime est gabier d'artimon. Il a mis à mon doigt l'anneau de fiancée, Un soir qu'on s'en allait cueillir le goëmon, Quand le soleil tombait sous la roche percée.

Il a déjà vingt ans. — C'est un franc garçon brun, Qui voit clair dans la nuit, que jamais rien n'arrête. Il est robuste et fier, et prompt comme pas un Pour prendre à la grand' voile un ris dans la tempête.

Je n'ai pas trop de tous mes yeux pour l'admirer. Sa voix est un chant pur qu'on veut toujours entendre, Je n'ai pas trop de tout mon cœur pour l'adorer... Les filles de la mer sont faites pour attendre...

Combien ai-je vu naître et mourir de soleils En fouillant l'horizon de mes regards avides ! Les jours suivent les jours, mais les jours sont pareils, N'éclairant qu'à regret de pauvres maisons vides.

Va, libre oiseau du ciel, et tout droit à grand vol, Au pays d'Orient, va, fuis à tire d'ailes, Dire à mon bien-aimé qu'il revienne à Saint-Pol, Par un matin d'avril, avec les hirondelles.

Page 1