‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 16 sur 81 · LA PAROLE DU GRAND-PERE · texte numérisé non relu

LA PAROLE DU GRAND-PERE

*A madame Henri Couianscau .

V>e jour-là, le grand-père et la petite fille (Le grand-père, homme rude, un vieux marin de Brest, Vieux, mais solide encore et marchant droit sur lest) Etaient venus revoir les tombes de famille.

L'honnête loup de mer avait bien soixante ans Et sa fillette dix... Pour le mois de Marie, Un jour d'anniversaire et de saison fleurie, Aux morts ils apportaient les roses du printemps.

La blonde aux cheveux d'or s'était agenouillée

En déposant les fleurs de son bouquet pieux,

Puis, joignant les deux mains et fermant ses grands yeux,

La belle avait prié dans l'herbe encor mouillée.

Tous deux vinrent s'asseoir avec recueillement Sur le banc presque usé d'une roche moussue En regardant la mer de très loin aperçue, Qui jetait sous les ifs son bleu miroitement.

Au pays revenue et toujours affairée, L'hirondelle en passant les frôlait de son vol, Et par instants la voix d'un petit rossignol Dominait les rumeurs de la basse marée.

Tandis que s'effaçaient à l'horizon lointain, Sur le vaste Océan, les mâts d'un grand navire, Tous deux se racontaient ce qu'ils avaient à dire, Bien seuls dans la clarté paisible du matin.

Page 1