LA PAROLE DU GRAND-PERE
« Ta mère, mon enfant, tu ne l'as pas connue, Disait l'aïeul... Ta mère en souriant pleurait, Oubliant ses douleurs pour bénir ta venue, Et le soir de ta mise au monde elle expirait.
« L'églantier fleurissait et déjà l'aubépine, En mai comme aujourd'hui, lorsqu'elle s'en alla, Hélas! dès le berceau te laissant orpheline, Pour rejoindre à vingt ans les nôtres qui sont là.
« Naviguant au long cours, je venais chaque année A bord de mon vieux brick, sur le Duguay Trouin, Pour embrasser l'enfant que Dieu m'avait donnée, Et qui grandissait vite alors que j'étais loin.
« Ta mère heureusement t'a faite à son image... Ses grands yeux, le sourire et les dents... je les vois, Et quand j'ouvre, songeur, l'oreille à ton ramage, Je crois encore entendre un écho de sa voix. »
Sérieuse, l'enfant lui répondait : « Grand-père, Ceux pour qui nous prions du cœur à deux genoux, Pourrons-nous les revoir? Est-ce en vain qu'on espère i Où sont-ils? Le sais-tu? Dis... les rcverrons-nous ?
« Ils doivent écouter nos ferventes prières, Ces bien-aimés défunts à nos baisers promis. Ceux qui depuis longtemps dorment sous les bruyères Seront-ils pour jamais dans leur tombe endormis?
— Tôt ou tard, mon enfant, les cercueils seront vides. On doit revivre ailleurs, loin du monde réel... En parlant des tombeaux, je pense aux chrysalides Où gisent enfermés les papillons du ciel.
« Dans le problème obscur de notre destinée, Nos yeux sont imparfaits pour bien voir au delà.. Sur la terre aujourd'hui notre vue est bornée... C'est ainsi qu'autrefois ta mère me parla. »