FLEUR D'AMOUR
*A xAugustin Filon.
Aux lisières des bois pierreux, vous souvient-il D'avoir vu se bercer la catananehe bleue, D'un bleu céruléen, sur mince et haute queue, Large fleur qu'on dirait éclose au bout d'un fil.
Sous notre ciel brumeux du Nord, la plante est rare. Heureuse en plein soleil, fille des terrains secs, Elle ouvrait sa corolle aux yeux charmés des Grecs Autour des bois sacrés de Sparte et de Mégare.
l6 FLEURS DU SOIR
Quand elle rayonnait dans la chaleur du jour, Les Anciens la cueillaient pour ses vertus magiques. Tige et fleur infusaient la vie aux léthargiques. — On la buvait surtout comme un philtre d'amour.
Ce philtre souverain domptait les plus rebelles. Il fallait obéir à l'ivresse des cœurs; Et les vierges d'alors aux lèvres des vainqueurs S'attachaient... oubliant d'être froidement belles.
Dans la rougeur des soirs, quand amoureusement, Pour regagner à deux leur nid, les tourterelles En revenant de loin se rappelaient entre elles, Des baisers répondaient à leur roucoulement.
Bientôt l'ombre et la paix envahissaient la terre, Et la nuit descendait, tiède nuit de printemps, Sur les couples heureux, muets et palpitants, Pour les envelopper de son divin mystère.
Et la Grèce voyait naître de beaux enfants. Elle admirait plus tard les robustes éphèbes Qui, l'orgueil de Corinthe et la gloire de Thèbes, De leurs premiers combats revenaient triomphants