MARINE
*A Charles Canivet.
L> e soleil se voilait sur les eaux de la Manche : Tout le ciel était noir, et tout l'Océan vert. En fuite horizontale une mouette blanche Rasait les flots montants de son vol grand ouvert.
Les Normands qui passaient en grosses barques rondes Du large apercevaient des groupes de faucheurs De leurs champs déjà murs coupant les moissons blondes Et qui d'en haut rendaient leur salut aux pêcheurs.
Et les faucheurs pensaient : « Robustes et valides, A pied sûr nous marchons sous la pluie et les vents, Nous travaillons du moins sur des terrains solides. — Vous, c'est à l'aventure, au gré des flots mouvants, »
Et les pêcheurs songeaient : « Dans le sillon des lames, Aux rumeurs de la mer éternellement sourds, Nous manœuvrons sans peur nos voiles et nos rames Et labourons l'écume en souriant toujours. »
Quand un rais de soleil tombait par échappées, Les faux jetaient de longs éclairs intermittents, Et les rames au loin, dans l'eau de mer trempées, Des barques répondaient en échos miroitants.
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