‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 31 sur 81 · L'ARRIVEE · texte numérisé non relu

L'ARRIVEE

iA !\(. C. de Freycinet.

.Les marins fatigués qui reviennent le soir, A la fin d'une rude et longue traversée, Vers le pays natal qu'ils vont bientôt revoir, Dont la grève miroite au fond de leur pensée,

Filant dix nœuds à l'heure où le vent les conduit, En leur soufflant au cœur la fièvre de la terre, Les marins fatigués, lorsque tombe la nuit, Tressaillent brusquement d'un froid involontaire,

Surtout quand ils sont pris dans un brouillard d'hiver, Qui sur eus, d'un seul coup, s'abat comme un grand voile, Lorsque tout l'Océan, de ténèbres couvert, Clapote aveuglément sans un rayon d'étoile.

Le feu des Triagoz et le feu des Héaux, Dont la riche clarté chaque soir se rallume, En dominant la mer et qui flambent très hauts, Apparaissent à peine, estompés dans la brume.

Il est de vieux marins qui sombrent au retour! Et comme le cœur doit obéir à la tête, Le capitaine a dit qu'on attendrait le jour : Le navire, affourché sur deux ancres, s'arrête.

Sur ses chaînes tirant comme un désespéré (Car il a pressenti les rades qui sont proches), En vain il tangue et roule, il est bien amarré. L'ancre double a mordu fond de sable et de roches.

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