L ARRIVEE
Qui dira les tourments d'une si longue nuit, Dans l'immobilité, sous un ciel couleur d'encre? Mais l'orient s'éclaire... et la brume s'enfuit, L'équipage respire... on a dérapé l'ancre.
Le soleil a troué l'immense rideau noir, Affranchissant les cœurs hantés d'un mauvais rêve. A l'horizon des flots, rouge et splendide à voir, Illuminant la mer, le roi du jour se lève.
Libre et sentant frémir toute sa toile au vent, L'heureux navire enfin marche sous belle brise Et se plaît à bercer sur un fond d'or mouvant Ceux qu'il ramène en hâte à la terre promise.
A bord accoste un vieux pilote lamaneur, Dans le secret des eaux profondes, des eaux basses, Qui, souvent à la peine, et parfois à l'honneur, A l'oeil sur dans l'étroit labyrinthe des passes.
Déjà les oiseaux blancs reviennent deux à deux, Eblouis de soleil dans leurs plumes de neige, Et puis d'autres encor, pour s'ébattre autour d'eux, Evoluant en cercle, aux marins font cortège.
On aperçoit Cézembre et l'île de Harbourg, Des vieux clochers bretons les hautes flèches grises, Le Grand-Bé, Saint-Malo, Saint-Servan et sa tour, Où souvent à genoux ont prié leurs payses.
Tous les yeux, tous les bras, tous les cœurs sont tendus Vers le groupe adoré des petits et des femmes... Ils s'étreignent en pleurs, les couples éperdus Qu'un chaud soleil d'amour empourpre de ses flammes ?