‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 4 sur 81 · LA REVUE DE MINUIT · texte numérisé non relu

LA REVUE DE MINUIT

xA la mémoire de cRaffet.

v> ox nais-tu ce poème étrange de Zedlitz, Une vertigineuse et funèbre ballade Où nos vaillants défunts d'Arcole et d'Austerlitz Défilent dans leur grand costume de parade?

A minuit le tambour se lève du cercueil, Dès que la douzième heure a tinté sur le monde. De gauche à droite il jette un rapide coup d'oeil, Et, marchant d"un pas bref, il va, vient, fait sa ronde.

Sa caisse lui répond par un long roulement. Les baguettes en jeu, dans ses mains décharnées, Battent rappel, diane et charge et rallimcnt, Dans l'héroïque entrain des plus chaudes journées.

Nos soldats'î autrefois dans leur tombe glacés Se réveillent au bruit des baguettes magiques. Tous ont prêté l'oreille et se sont redressés, Secouant en sursaut leurs membres léthargiques. '

Ils surgissent partout des bas-fonds ténébreux, Du limon des étangs, du sable des rivières. On n'aurait jamais cru voir les morts si nombreux Dans les vignes, les bois et les champs de bruyères,

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