‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 45 sur 81 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Il rentra dans le bourg après la nuit tombée. Déserte était la rue... on ne l'attendait pas. Dans une maison basse, une claire flambée Rougissait la fenêtre... Il marchait à grands pas.

De la porte entr' ouverte, il vit sa cheminée Et reconnut la haute armoire de noyer Par un feu de sarment très vif illuminée... Une femme était là, travaillant au foyer;

Malgré l'heure tardive encor bien éveillée, Et la quenouille en main filant comme autrefois, Seule, toute songeuse et de noir habillée... Il eût voulu parler, mais il resta sans vois.

La pauvre et sainte femme à chevelure grise Ne comptait plus le voir... elle avait pris son deuil. Sur sa chaise de paille elle rêvait assise... Lui s'arrêta d'abord haletant sur le seuil,

Il6 CHANSONS DES NIDS ET DES BERCEAUX

Puis vint à deux genoux s'incliner devant elle, Rivant ses yeux noyés de larmes sur les siens Dans un profond regard d'espérance immortelle, En lui disant tout bas : « Oui, c'est moi qui reviens. »

Page 1