‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 54 sur 81 · JOURS FUTURS · texte numérisé non relu

JOURS FUTURS

kA Ernest 'Benjamin.

LE POETE

quel temps vivons- nous, mon pauvre philosophe?

LE PHILOSOPHE

Dans un siècle d'argent qui bientôt doit finir.

LE POETE

D'une tranquille mort, sans bruit ni catastrophe ? Que vois-tu sous le ciel du prochain avenir?

LE PHILOSOPHE

Toujours la fin d'un siècle est prise entre deux portes, Comme aux vannes d'écluse, où les flots arrivants Qui pressent le barrage où dorment les eaux mortes, Vont se perdre en tumulte au cours des flots suivants.

Et le torrent des eaux, qu'il soit fleuve ou rivière, Au sortir de son bief s'éclaire en peu d'instants, Mais quand un siècle meurt en passant la barrière, Pour apaiser son trouble il exige du temps :

11 roule en tourbillons dans l'écume ensablée.

LE POÈTE

Tu fais chanter d'accord la rime et la raison Dans ce miroir vivant d'une époque troublée. Mais que vois-tu surgir aux bords de l'horizon ?

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