‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 55 sur 81 · JOURS FUTURS I · texte numérisé non relu

JOURS FUTURS I

LE PHILOSOPHE

Dans le bruit des marteaux et les vapeurs d'usines. Un ciel ferrugineux, tantôt noir, tantôt gris, L'homme le plus robuste esclave des machines Et procréant des fils pâles et rabougris.

LE POETE

On parle de science et de foi... Que t'en semble, Calme esprit de grand vol planant sur les hauteurs ?

LE PHILOSOPHE

La science et la foi n'ont rien à voir ensemble... Vieux thèmes démodés pour phrases de rhéteurs.

Chaque chose a ses lois... laissons à l'industrie, Avec son fil à plomb, la règle et le compas.

LE POÈTE

Moi, rebelle aux rigueurs de la géométrie, Je crois aux vérités qu'on ne démontre pas.

LE PHILOSOPHE

Tu fais bien... Sois heureux de croire à quelque chose.

LE POETE

Veillant sur le berceau d'un bel enfant qui dort,

La mère, en souriant à sa fillette rose,

Ne voit qu'un ciel d'azur semé d'étoiles d'or.

Couvant d'un œil ravi la chère tête blonde, Sans oublier les vieux parents qu'elle a perdus, Qui sont allés cueillir les fleurs d'un autre monde, Elle espère qu'un jour ils lui seront rendus.

LE PHILOSOPHE

La croyance des uns semble irriter les autres : Sur un globe de terre où l'on dure si peu, Du néant de la tombe ils se font les apôtres ; Us vivront sans foyer, sans patrie et sans Dieu.

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