MICHEL- ANGE
Oui, la première fois que ta grâce est venue...
Mes plus chers souvenirs revivent dans les tiens.
Je travaillais dans une église de Florence, Sur mon échafaudage, un soir, lorsque tu vins Me faire en souriant ta grave révérence, A l'heure £>ù s'achevaient les offices divins.
Ton brave petit pied, sans broncher sur les planches, Marchait résolument... J'avais la masse au poing Sous les débris du marbre et ses poussières blanches.. Ta belle robe à fleurs frôlait mon vieux pourpoint.
Tu n'étais pas alors marquise de Pescaire...
VITTORIA
J'avais neuf ou dix ans, mais n'écoutais que moi... Laissant causer en bas ma duègne et son vicaire, Je pris la haute échelle arrivant jusqu'à toi.
VITTORIA COIOXXA 31
Et depuis... Ah! depuis!... tour à tour les années Ont passé dans les bruits de guerre ou dans les fleurs, Avec pluie ou soleil, sombres ou fortunées, Les unes dans la joie, et d'autres dans les pleurs.
Voilà bientôt vingt ans (une date lointaine Qui me semble d'hier), vingt ans que don Carlos A perdu son plus fier et plus grand capitaine, Le maître de mon cœur, Ferdinand d'Avallos.
Tu sais si j'ai pleuré le vainqueur de Pavie, Dans sa fleur de jeunesse et de gloire emporté. Depuis comme à tâtons je marche dans la vie, Promenant sur le monde un œil désenchanté.
Quel funèbre baiser sur sa lèvre pâlie!... J'entends encor le bruit de ses tambours voilés.. Je revois nos drapeaux d'Espagne et d'Italie Sur les drapeaux vaincus à grands plis déroulés.
Et dans les souvenirs qui hantent ma mémoire Je reconnais encore au glorieux convoi Son cheval de bataille avec la housse noire, Qui marchait d'un pas grave et comprenait pourquoi.
Tout mon cœur a saigné... la plaie est encor vive... Mais, pardon... je m'oublie en réveillant mon deuil. La mort si brusquement, sourde et muette, arrive Que peut-être elle a mis son pied froid sur ton seuil.