‹ Poésies, 1890-1896Chapitre 9 sur 81 · MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

MICHEL-ANGE

Derrière ces rideaux de serge... tiens... regarde. Là repose un des plus honnêtes travailleurs Qui m'ont servi longtemps..., et c'est moi qui le gard La nuit, il dormait là, ne pouvant vivre ailleurs.

Sur les regards éteints j'ai fermé les paupières. J'ai senti lentement se refroidir sa main, Et je veille..., attendant l'Eglise et ses prières. Qui doivent le bénir et le suivre demain.

Il était d'L'rbino, d'une probité rare... Je perds un merveilleux et robuste ouvrier, Habile à dégrossir nos marbres de Carrare, Et que depuis trente ans abritait mon foyer;

A l'œuvre nuit et jour... (aux peintures des fresques Dieu sait combien j'avais de couleurs à broyer) ; Infatigable à tous mes labeurs gigantesques, Le premier au travail et souvent le dernier.

VITTORIA COLOXNA 35

Quand j'allais en proscrit errant de ville en ville, Son zèle m'a toujours pieusement servi ; Dans la guerre étrangère et la guerre civile, Son pied fervent toujours et partout m'a suivi.

Compagnon de ma rude et trop longue odyssée, Cueillant l'ingratitude et la haine et l'oubli, Sa patience un jour ne s'est jamais lassée Et jamais ni son cœur ni son bras n'ont faibli.

Je ne l'entendrai plus, la voix mâle et sonore Du gosier vigoureux qui hâtait mon réveil, Par la fenêtre ouverte aux rougeurs de l'aurore, Heureux chant matinal précurseur du soleil...

L'art m'a pris tout entier, j'ai vécu solitaire,

Au travail sans repos, mais non sans quelque honneur.

VITTORIA

Et moi... si j'ai cueilli les roses de la terre, J'ai trop vite expié mon rapide bonheur.

Je partage ton deuil, ô mon pauvre grand homme... Tu souffres... Verse un peu de ton cœur dans le mien. Les cloches qui demain s'éveilleront dans Rome Sonneront à plein vol pour l'humble et bon chrétien.

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