‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 10 sur 74 · LES ARBRES · texte numérisé non relu

LES ARBRES

« Glorieux, au soleil de midi Nous offrons notre orgueil séculaire Car nous sommes les dieux que vénèrent La flore des jardins et la flore des champs.

Parfois, quand la canicule fait rage Embrasant le ciel éclatant.

Nous abritons sous nos ombrages Les moissonneurs haletants.

Les souffles assaillent nos cîmes, Nous plions sans leur céder Car les souffles sont fous et ne font que passer... Mais rhomme nous assassine

CAltrAC?îS PHBUlèltB

Lu hncho et la scTpt cruelle

MuUlent nos bras, BTcsscnl nos troncs que la foudre et la grôle

NVix>iivantcnl pas*

Tout croule : les pins, les onncd Et les vieux h^Lres austères.., Eporgnez-uûus, vous les Iiommcs,

Nous qui sommes Les anciens de la terre. »

Le vent lomLc, la nuit s emplit d'aslres» la plaine

Exliale des sen leurs et de moUcs haleines ;

A la pointe d'un peuplîcr, Aldcbaruii

— L'astre triple j de pourpre, d'azur et d'argent —

Semble un feu fabulcuï sur un haut candclabrc...

Et rancètrc dit : « Paii à nos pères les arbres* »

Là Iribu rêve aui temps accompli*, elle écoute Le cantique inCnî que la sainte nature Epand parmi les flots, les prés et les feuillures-.. Mais voîci qu*un pas sonne aux cailloux de la roule.

Un homme vient vers eux qui porte la besace, La limousine brune et le bÀton de houx Lt les houscaux serrés montant jusqu'aux genoux. Les roseaux curieux se penchent quand il passe

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Contre Tccluse étroite où le ru s'encolcrc.

Les bouleaux frissonnants le montrent aux cytises.

Une pâle vapeur qui tremble et qui s'irise

Ou son pied a marqué s'élève de la terre ;

Posant leur Cn museau sur la muraille grise

Les chevreuils inquiets le regardent de loin,

El, rayant l'ombre bleue et pleine de clartés.

Une étoile filante éclate sur sa tôle —

Un coq s'éveille et chante au village prochain.

Or, devant la tribu, l'homme s'est arrêté ;

Il dît : (( La faux s*aiguisc et les torches sont prêtes.

Au zénith, le farouche Aldébaran scintille

Et, conduits en ce lieu choisi par leur destin,

Voici les descendants de la forte Famille —

Comme l'aube indécise annonce le malin.

Je vois dans leurs yeux clairs l'avenir apparaître, »

Tous alors le contemplent étonnés, l'ancôtrc Se lève et l'interroge en montrant le chemin.

l'ancêtre

« Homme qui viens d'hier et qui vas vers demain, Tu boites... tu es las de ta course }

l'uoumb

Peut-être.

Assictis-loi, prends la part du repas, la tribu Accueille de bon cœur le passant a L tardif.

O vieillard^ j'nî mange tous les fruits et j'a! bu L'eau dû ce fleu\e obscur qu*oa appelle Letlic... Mais puisque tu m'es doux et puisque Lu m'invites, Je veux m'asseoir au feu des tiens — merci*

l'ancêtue

Viens là, Passant, repose-toi, lu nous diras ensuite.

Si tu veux, quelle more au beau sein t*allaita Car la face rayonne et les membres robustes Ont été modelés pour des labeurs augustes.

Parle : dis-nous tes jours heureux ou malheureux, Les peuples que tu vis en tes courses, tes rôves Pareils aux goélands qui se jouent sur les flots... Dis-nous les souvenirs des villes et des grèves ; S*ils évoquent Tespacc et la nuit et ce ciel Où se cabrent les coursiers d*or du Chariot, Kotre âme aura pour toi des cchos fraternels. »

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L'ombro semble en prière autour de l'étranger. Et les fleurs des sureaux qui jalonnent la route Et les fleurs des pommiers qui dorment au verger Sur son front lentement se prennent à neiger — Il parle : la campagne attentive l'écoute.

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