L*1I0UME
« L'antre ! le vallon calme et sombre en Arcadie !...
Sur la peau de lion qui formait mon berceau.
Ma mère avait semé des mousses, des rameaux
De lambrusquc sauvage et des roses fleuries...
Parfois, à l'heure ardente où la cigale crie.
Je rampais jusqu'au seuil de notre grotte obscure :
Le soleil amical me trempait de ses feux,
Des oiseaux et des faons prenaient part h mes jeux
Et rénorme baiser de toute la nature»
Cueillant ma bouche fraîche et caressant mes yeux.
Me prodiguait l'arôme humide des verdures.
Je grandis, je sortis de la grotte — ma mère
Me souriait de loin et, pour m'encourager,
Me montrait les fruits d'or d'un bosquet d'orangers :
Mais je ne craignais point : je buvais la lumière.
J'aimais le vent léger qui me flattait les joues
Et je sentais, comme un lien que Ton renoue.
Mon Àme s'enrouler aux mouvantes ramures,
Et j'écoutais, parmi les gramcns qui murmurent,
G)anter mon sang gonQc des sèves de la terre. .
48 « . ^ CAMPiGne premièrb ,
J'allai d^iiï la for^l Loulc proche, les merles "^^ " Jajcun me désignaient des sentiers pleins de fraises,
Une source espî^gïo, aHn qtic je me plaise Sar SCS rives, m afîrait ses poissons bleus, ses perles Et SCS Qots où vahaicnt des rayons tremblotants. Les ïicrrcs rctombanb faisaient de douces chaînes Pour me garder un peu dans leurs replis, les chênes Heureux de n'amuser laissaient tomber leurs glands Et le saule pleureur suspendait ses soupirs Quand des fourrés bourrus îl me voyait sortir.
K la lisiore, aux flancs d'une haute montagne,
Je vU s*cpanauir une grasse campagne :
Le soir montait — chargés de râteaux et de bêches
ï>cs laboureurs laissaient h regret leurs travaux.
Grondaient et dételaient des herses leurs chevaux
Impatients du foin qui par fume la crèche.
Tout un peuple divin s'ébaltaît là, je vis
Passer dans Tair ressaim des sylphes étourdis ;
Des dryades rêvaient, des satjrc-s velus
Cueillaient en se jouant des poires et des prunes,
Des sylvains s*étiraicnt sur le sol étendus
Et les nymphes dansaient, blanches au clair de lune.
J'apparus — et la vaste obscurité des bois Assombrissait d'azur profotid mes yeux farouches El des lys que j'avais pressés contre ma bouche Vcloutaicnt de pollen ma poitrine et mes doigts. —
LB TàGABOND 49
Joyeux alors, autour de moi tous accoururent : Un faune adolescent me donna sa parure Où les coquelicots se mêlaient aux lauriers.
Une nymphe tressa de glaïeuls mes cheveux Et, comme je battais des mains, les chèvre-pieds Me dirent gravement : Fais tout ce que tu veux, Tu es le souverain de la terre amoureuse.
jours dorés : enfance à jamais radieuse !..• »
Il dit — ses yeux sont pleins do pleurs, son front s'incline -
Le ru frémit dans les roseaux et la ramée
Triste et les frondaisons vaguem'înt remuées
S'émeuvent aux soupirs qui gonflent sa poitrine.
La tribu tremble autour du dieu qu'elle devine
Et sent, dans Tombre en feu, passer l'horreur sacrée.
l'àncêtri^
« Etranger, ton visage est un astre I... on croirait, Quand tu parles, ouïr des rumeurs de forêt Et le chant des oiseaux d*un Eden adorable... Bien que très vieux, ai-je jamais vu ton semblable ? T'ai-je connu jadis ?... L'cphcbc que je fus Se réveille en mon àme et croit qu'il se rappelle D'autres lieux où tu vms par la nuit solennelle... Hélas ! les souvenirs de mon esprit confus Sont pareils aux vaisseaux que disperse Borée
50 1' • CÀlfFàCJtB rAEutttts - •'
£t que vont cngloulîr les vagues soulevées»., Majs parle cncor ; dis-noua quelle étrange fortune Te con(]uîatt au feu qu 'allumèrent les nuens, Parle : l'eau qui chantaîl faîl silence, la !unc Son^c sous les sureaux, dans Tomlirc du chemin El la Lrisc se tait quand s'clèvc la votï.
l'u OSIUE
Or» si je pense à ma jeunesse < je revois
La rivière d'argent moîrc d'or dont U traîne
Se déchire aux massîr;^ d'aulnes et de troènes
El l'îlot vert où la déesse que je guette
Se cueille des bouquets (raclic et de violettes,,-
Je me glisse h. |>as sourds^ je la suis — une aubade
Pt'pie aux sept tuyaux de ma flûïr rustique —
Puis je lui tends les fleurs des eaux dont la naïade.
Scduiie hier» aimait à couronner ma It^lc ;
Enfin, dans les grands joncs dresses comme des piques ^
Au bord de l'onde glauque cù l'ombre et le soleil
Découpent le reflet tics branchages vermeils,
Je ratUre. j'elreins son beau corps embaumé
Et mon rire vainqueur boit son sanglot pâmé.
■v Puis je m égare aux champs que T^té fauve dore ;
Le paysan qui ni*aper^oit baigne d*aurore Salue en murmurant une vague oraison.
Sur un autel de pierre fruste et de gazon