‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 12 sur 74 · LE VAGABOND · texte numérisé non relu

LE VAGABOND

Ses fils hâlcs, SCS filles aux bras frais disposent Un pot de lait caille, les fruits de la saison. Du miel el les premiers 6pis de la moisson Parmi des guirlandes de laurier rose.

Je souris à roiïrandc naïve, je cueille.

En passant, le baiser des filles ingénues Puis, poursuivant un vol de cailles survenues, Je m'enfuis aux taillis sonores dont les feuilles Eventent jusqu'au soir ma sieste insoucieuse...

Donc c'est ainsi que je vécus ma vie heureuse, - -

Aimé des champs, des fleurs et de ceux de la terre.

J'étais paisible et ce m'était un doux mystère V

De sentir sous mes pas tressaillir les sillons

Comme si j'épandais des graines h la ronde, -. J

Et de voir, quand mes yeux tout remplis de rayons I

Fixaient la grande nuit sereine en son essor, , ' ]

La germination flamboyante des mondes J

Tourbillonner, pareille à des poussières d or.

rôve immense, extase, ô tendresse des choses ! Tout : les astres, les prés, Teau, les bises moroses, L'homme inquiet qui passe et la pierre qui reste, En moi, hors moi, vivaient, dociles h mes gestes...

US CAMPAGNE raEMièRB

Un soir, j*étais assis au bord des flots sauvages Qui roulent sans repos de Leucade à Corcyre : L'Océan bruîssait comme une énorme lyre, A riiorizon funèbre où montait un orage Je voyais les éclairs déchirer les nuages.

Puis mourir sur le sable en méandres sanglants. L'ombre pesait, pleine de mânes vagissants Et je les entendais m'appeler comme en rêve El chuchoter, parmi les rumeurs de la grève, Des noms de dieux abolis.

Soudain, Thorizon noir incendié d*éclairs S'ouvrît — au bord du ciel strié de feu je vis Se dresser, vision quî fil trembler la mer, Un gibet monstrueux où se tordait cloué Un Ctrc dont le front, penché sur la poitrine,

Portait un diadème d'épines.

Sa bcgcLo était muette, en ses yeux effarés

Régnaient l'angoisse et Tagonie Et cependant il jaillissait de ses prunelles Comme un sombre défi aux clartés de la vie.

Une voix me cria : « Voici la loi nouvelle I »

Alors je vis surgir de l'ombre, près de moi,

Un vieillard tiare d'or qui me montrait du doigt

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