‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 13 sur 74 · LB VAGABOND S · texte numérisé non relu

LB VAGABOND S

Sales, hagards, grinçants, drapés de peaux de bétes, Dcshommesrcntouraient.. .ils brandissaient des frondes, Un hymne bourdonnait sur leurs lèvres immondes El Forage grondait au-dessus de leur tôte.

Et le vieillard leur dit : « Frappez-le, c'est le diable ! » Tous alors se ruant me crevèrent les yeux — Et les hennissements de la mer formidable Se mêlaient à leurs cris furieux.

Je reculai sous leurs clameurs... déjà les flots Avides de m'avoir montaient lécher mes pieds, Eux riaient, et leur rire, on eût dit les sanglots Qu*un vent d*hiver arrache aux arbres dépouillés.

« Frappez ! » dit le vieillard —

Ils frappèrent : des pierres Me meurtrirent, mon sang ruissela, tous mes membres. Comme on voit sous la hache une écorce se fendre. Fléchirent fracassés et rompus sous leurs coups Cependant qu'ils hurlaient leurs chants et leurs prières... Et les flots frémissants me montaient aux genoux. Et la foudre éclata et me brisa le front.

Dans Tabîme écumant qui tournoyait mon corps Roula tout garrotte de gluants goémons Et les rochers d'où Talcyon prend son essor Et les forêts de pins qui couronnaient les monts Pleuraient et s'écriaient : « Deuil et nuit : Tout est mort ! d

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CA^tlFAti^HB FABUIEiia

Leur plainte s'envola, lugubre, sur la mer.

Si 11 au le qu'à travers Jca fraws du tonnerre EUc nt palpiter les voiles Jes navires Et que des matelots efTrayés l'en tendirent.

Le vieillard ucoulait el ne comprennît pas :

Ceux quîni''avaîcnt frappe clmulaienti tendant les bras

Vers le gibet livide au sein des nues :

't Gloire au Crucifie — la nature est vaincue ï »

L'ccho leur répondit * ft Tout ressuscîlcrn. u

11 se tait — )*ombre dort dans les arbres» la phîno Dlancbil coimnc un linceul sous la lune pâlie, La brume qui sVtatc aux coUiucs lointaines Semble le spectre lent descboscs accomplies — Et la tribu, vouée à l'ctran^cr, s'écrie :

DJâ'UOUSi dîs-DOUs comment tu as dompte la mort I

L*ttOMUV

Bien des jouis, dans le goulTre aux obscurités bleues J'ai vegclé parmi les vagues madrépores Où le poulpe et la pieuvre entr'ouvrcnt leurs jeux d*or \ Les poissons voyageurs me rrùlaîeut de leur queucj

LE TAGABOAD Sa

Les algues roc pressaient entre leurs bras glacés,

Le sel et le limon pansaient mon front saignant.

J'ccoutais respirer mon pcre TOccan

Et son vaste murmure eflaçait le passé...

Vivais-je ? étais-jc mort ? — les conques purpurines

Où bruit la chanson monotone des vagues * ^ i

Me racontaient parfois des légendes si vagues - j

Qu*avant de les aimer il faut qu'on les devine :

<c J'étais l'être confus des NÎeilles origines.

Celui qu'avaient formé l'onde épaisse et le feu

Autrefois... autrefois... quand rciifancc des mondes

S cveillnit étonnée et sortait du chao« :

J'étais les germes et les cellules fécondes

D'où naîtraient, aux baisers d'un soleil radieux .

Et la sève et la plante et la chair et les os... »

Quand j'étais las d'ouïr ce songe et ce inyslcre. Je mirais les triions écaillcux qui voguaient Ou, collant mon oreille au sabla, j'écoutais Battre sous moi le cœur immense de la terre.

Un jour enGn, après des ûgc« et des âges, Troublant l'abîme sourd où j'avais mon refuge, Un tourbillon me prit qui me mit au rivage.

Comme un marbre lavé des fanges d'un déluge.

Mon corps luisait guéri sous le soleil levant, Mes yeux clairs éclataient, pareils aux nuits d'été Et les fauves senteurs qui volaient dans le vent Me firent fier et fort — tel que j'avais été.

CAMPACRE PRBMièni

J'allai par les chemins, je chantai, la nature

Soulevcc h ma voix assaillit les églises

Où ceux du Crucifix annonçaient les tortures

Et l'enfer aux enfants de la foule indécise.

S'ib ne me maudissaient dans l'espace et le temps.

Mais moi. je rassurais tous ces pauvres tremblants, Partout je leur montrais les clochers vacillants, La rouill»î qui rongeait les croix des cimetières, L*herbc qui disjoignait les daller ot le lierre Victorieux aux murs branlants des sanctuaires. Je leur disais : a 11 est un arbre dont les fruits Contiennent la vigueur, la joie et la science, Et cet arbre, je puis vous le donner, — je puis, Fécondant Tunivers de sa bonne semence, En faire une for^t à la face des cieux :

Mangez les fruits, vivez, car vous êtes les dieux Que la terre pâmée en un frisson d'amour AUend pour se vêtir d'un mcnleau de merveilles. »

Les prêtres, cependant, leur hurlaient aux oreilles : (( C*est le diable ! »

Vains cris — ils m'écoutaient toujours.

Et les prAtres alors agitaient des fétiches, Ils invoquaient le nom des puissants et des riches Ou bien ils embrassaient leurs autels vermoulus En marmottant des exorcismes éperdus.

Mais mon chant renversait leurs chapelles étroites Et je les balayais d'un geste de ma droite, El les hommes mangeaient tous les fruits défendus

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