‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 15 sur 74 · L'EAU NOCTURNE · texte numérisé non relu

L'EAU NOCTURNE

Les heures de la nuit planent sur la rivière

Qui fume vaguement vers le ciel étoile,

Les vagues où sommeille une sourde lumière

Auréolent d'argent les roseaux inclinés

Dont le faible murmure émeut lombre attentive

Et se mêle aux soupirs des arbres de la rive.

Des couples enlacés qu'emportent des nacelles

Voudraient éterniser, sur cette onde où ruissellent

Des rayons assoupis et Todeur des jasmins,

Le désir nuptial qui chante dans leur cœur —

La nuit vêt de velours les belles de douceur

Et les amants, tremblants d'amour, joignent les mains.

Mais Tonde frémissante enfle ses voix confuses : Voici rUc aux bouleaux, la cajcade et l'écluse Où les flots blanchissants d'écume se lamentent ; Face pâle qui flotte au fond de l'ombre ardente,

62 ' CAMPACXH rREuièas

' • Lu pleine lune énorme envahit rhorîzon»

Elle monlc, et ses yeux, aux trous des frondaisons, ^ TiouLïcnl les belles qui rougissent —

.;'« , Et, tout intimidés, les amants U maudissent.

Puis le courant capricieux prend les nacelles Et les fait aborder au bois des tourtereUcs.i, Le luniullc des flols amourcui de la lune S'apaîse, leurs clameurs s'éteignent une k une, L'ondînc aux cheveux d^or ondule sous les saules El palpite aux clartés qui baïscnl ses épaules

El les amants, h leurs helîcs unis, Er'ûutcnl les eonseils qui descendent des nids.

Eperdus, cœurs fougueux, parmi les fleurs sauvages. Ils s'aiment — le printemps rôvc sur le rivage. Les jasmins embaumés recueillent leurs sanglots.

Et le vent de la nuit chante dans les roseaux.

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