‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 21 sur 74 · LE CRÉPUSCULE DES CHIMÈRES · texte numérisé non relu

LE CRÉPUSCULE DES CHIMÈRES

A Gausso5, peintre.

Ce soir.vj'ai vu passer un essaim de chîmcrcs — Kilos volaient parmi les braises du couchant : Maintes s'cCfarouchaient comme des chats-huants Kl d'autres s'ennuaient de pourpres éphémères. Une me dit : « Voîci venir Tcxlase extrême :

Ko soleil semble un roi qui compte ses trésors Pour donner à son peuple une fcle suprême, Kl les marronniers gris pleurent des feuilles d^or ; F. lue avant sa mort l'automne que tu aimes LU le ciel radieux que nous parons encor, (inr l'ombre attend où s'éteindra notre agonie. »

Mais moi. prenant le soir à témoin, je m'ccric:

« Je ne sais pas, je ne veux pas savoir quelle omI>re

S'apprête par delà ces arbres murmurants,

1 ,c ciel est un jardin de flamme où je dénombre

Des oiseaux embrasés aux yeux couleurs de sang ;

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CAHrAONH FREHIJ^RB

Venez, le venl gincû qui vous pressait s'enfuit D^ipouillcr en riant les bouleaux et les trembles, Le soleil a-L-îl pas fixe se course?*., il semble Qu'un paslcur merveilleux vous garde de la nuit? »

Chaque chimère alors me conte son ennui.

Une qui tord ses bras minces et se désole :

« As-tu vu se jouer au tremblement des saules

La rivière de fleurs qui coule en paradis ?

Là, des arômes frais d'autrefois je naquis ;

Petite fée assise à la rive moussue,

Je l'offrais mes seins purs et ma grâce ingénue.

J'étais réveil charmé de ton adolescence, Et si parfois, épris d'écouter mon silence, Tu délaissais la lyre où s'enfièvrent !es rôves. J'accourais me blottir contre ton cœur', mes lèvres Se posaient sur les yeux pour y mettre une étoile ; Tu m'aimais, j'étais l'onde et la bonne paresse Du printemps attendri qui s'éperd en caresses... Aujourd'hui, je suis seule et morne sous mes voiles. »

Et moi je lui réponds : « Qu'importe, les années De notre amour défunt sont des portes fermées

Sur un enclos farouche où dorment des tombeaux

Tu es vieille et je vais vers un songe plus beau. »

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Une encore aux regard vacillants et que hante

Le tumulte haletant de sombres angélus :

« Tu m*aîmas autrefois, j 'étais celle qui chante,

La reine que tu feins de ne connaître plus ;

Je t'apportais la croix et l'cpînc brûlante

Et la griffe qui mord les martyrs éperdus.

Souviens-toi : Tautel môme et le parvis de marbre

M*ont vu te menacer du soufre et de Tenfer

Promis à qui me hait et séjourne sous Tarbre

Trois fois maudît — sous Tarbrc où tes rêves pervers

Recueillent les fruits noirs de la science humaine.

Mais tu m'os fui, le souffle étrang3 qui t'entraîne

Te jette en des sentiers que je n'éclaire pas,

Tu as élu la pourriture de la terre

Et les fils du limon se lovent sous tes pas —

Prends le cilice et courbe-loi devant ta mère. »

oc Je te connais, dis-je, marâtre aux mains fébriles : Tu sèmes le mirage et Tefiroi sur les villes Qu'érigent à ta voix des apôtres déments...

Oui, j'ai cueilli les fruits de Tarbre, je me vante D'être avec cette foule adverse que tu tentes Vers les couteaux de sacrifice —

toi qui mens.

Arrière, je te hais et brave ton néant. »

Alors, portant des herbes sèches en couronne. Comme d'une tour frôle et blanche au ciel d'automne. Une se dresse, enfant morose, qui murmure :

7u CJUPAOïrB pnEHiIng

<t Otnssc ce» insensées et chasse la nature ;

C'est par moi qu'on so niîrc nux mîroîrs de Narcisse,

Ecartant lo souci de mon ni'ant fulur.

Je clianic pour moi-mômc et me meurs en délices. »

Je lui réponds ; « Ta tour est bien triste, sa lôtc

Branle sous un lacis de lierres acharnes,

Vois : la vie a monte de la terre et s'apprête

A jeter au fosse les créneaux ruinés ;

Narcisse se flétrît et grelotte en pleurant,

Sa voix mièvre se fausse et se disperse au vent. »

D'autres chimères s'irradient, fortes et nues, Qui tracent en volant un sillage de gloire Dans la brume pompeuse où s'effondre le soir, Mais l'ombre les attire au piège de ses nues...

Chimères que me sont votre làcl c agonie

Et la flûte fêlée où s'use votre ennui.

Si des dieux défaillants s'cplorcnt vers la nuit.

Je ris selon le rythme éternel de la vie ;

Je sais qu'après ce soir je connaîtrai l'aurore.

Je suis le voyageur qui voit et qui écoule,

Qui songe et s'émerveille, au montant de sa route,

Du bel automne en feu sous les marronniers d'or.

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CE QUE DIT LE YEN T D IlIVEIl

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