GRAND VENT
Mon àmc, lu reviens des vieilles aventures Pour saluer ll/ivcr eu son châlcau de givre ; Ecoute: les giviîitl^ vents hurlent comme des cuivres Et troublent le soi^imeil de la more Nature — Arrûlc-toij mon a me, ils ont peînc à te suivre.
Attends-lest accouius de la plaine et des monts,
Ils sont les vopgeiirs mystérieux, ils sont
Ceux f]uî savent le sens de toutes les histoires; f Ils te raconteronl les combats et leur gloire {
Y» Epandûnt sur ta vie une morne lumière —
Et tu rcspirerns lotleur des cimetières. î
Ils le rappellcronl, pour que tu sois dolente, J5* Aux flancs Jcs noîrs coteaux les villes éclatantes \
'. Où LouîHonncnl la foule et les vins répandus ; ' \
• Puis, très tarfl* qiiL^nd la nuit semble un Glet tendu ;
^ Qui relknl le silence en ses mailles d'étoiles.
Tu verras les terriens blottis autour des poOlcs
S'iisMjtjptr en râvjint do môtiMni mcrrfïH<*4i««t : El les aoufîlQS seront parcîli à tics plrurcuici. Maïs tu pourras- ouïr, du haut des cheminccs, Le rire du grillon monter dans la fumdc ; Les granges le plairont que parfument les foins... Puis alors les grands vents Remporteront plus loin.
Très loin, au fond d*un val ou les arbres tordus Se lamentent ainsi que des enfants perdus, Souverain taciturne à la barbe gelée, L^hiver t apparaîtra qu'adulent des nùccs Nuptiales menant, en un blèmc cortège, La reine de candeur : Notre-Dame la Neige.
Devant le blanc vieillard immobile et jaloux De garder pour lui seul sa couronne de houx.
Tu te tiendras durant les heures que la nuit Compte dans les clochers pour leurrer son ennui £t frappe tour à tour d'un marteau d'argent clair. Les souffles, cependant, se révolteront, l'air Sifdant dispersera des flèches accrccs Qui feront sangloter les branches fracassées... Mais le Vieux jettera, comme on jette des plumes, A la rébellion quelques loques de brume.
Tu verras dans ses yeux flamboyer la Polaire Et tu t'ébahiras de l'orgueil séculaire Qui le rend impassible aux souffles acharnés : Car l'hiver est un roi très rude à détrôner.
GRAICD VBKT 81
EnGn l'aube viendra, frêle et toute frileuse, Rcvôtir d or léger les collines dormeuses ; Puis le Vieux la prendra pour en parer sa tôtc, El les souffles vaincus pleureront leur défaite — Tandis qu'emmitouflant la plaine abandonnée Où sommeillent les blés de la prochaine année, La Neige bienfaisante ornera son corsage Des glaçons suspendus aux tuiles des villages...
Pourtant si cet hiver ne devait par finir.
Ame errante ravie au vent qui se désole
Et s'épuise h crier de sinistres paroles,
Tu Ven iras, parmi la plaine, recueillir
Des flocons doux et froids comme des souvenirs.
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