‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 38 sur 74 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

A Louis DC SAfSrOACQCCt.

Je sommeillais, le front brûlant, la bouche am&re D*avoir remàch6 des philosophics

Quand l'Été m'apparut dans un flot de lumière ; . — De troubles vapeurs baignaient la prairie» Le vent lourd fanait les roses trcmièrcs. —

L*Ét6 portait un diadème de soleil,

Des oiseaux d or se posaient sur ses mains.

Ses yeux luisaient et son sourire était pareil Aux glaïeuls du jardin.

Il souffla : mes papiers se froissèrent, mes livres

Se fermèrent tous à la fois — Il m'appela : sa voix tonnait, je dus le suivre... Un nuage noir pesait sur les bois.

128 LL'MIÊRBS TRAKQUILLBS

L'Ëté volait, semant des gréions et des foudres.

Un sillon de feu marquait son passage, El je voyais les arbres morts tomber en poudre Et j'entendais tinter les tocsins des villages.

J'allais, hagard, heurtant ma poitrine aux nuces Qui s'écroulaient en mugissant autour de moi Et mon âme tremblait ainsi qu'une fumée Que le vent tord entre ses doigts.

Je criais, mais l'Ëté me prit contre son cœur, Il me montra le ciel étoile sur ma tête.

Et, tandis qu'à mes pieds tournoyait la tempête, L'azur se déroula comme un tapis de (leurs Où serpentaient des voies lactées et des comités.

Splendeurs en haut, tcrrours en bas, forces profondes, Fluides qui troublez la fourmilière humaine, Je vous ai vu passer, fulgurants, sur le monde, Et mon destin fut celui qui vous mène...

Or, lorsque je revins de l'orage, l'Été

Tendait sur la campagne rafraîchie Son arc-en-cici aux rais de pluie Et le parfum des tilleuls argentés Se mêlait aux odeurs qui montaient des prairies.

te..

l'oragb 129

Le vent lass6 s'assoupissait en murmurant,

A petit bruit, les bouleavx 8*égouttaicnt Et dans l'azur roug! par le soleil couchant.

Les nuigcs aui flancs d'ombre fauve semblaient Des lions accroupis qui boivent du sang frais.

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