‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 4 sur 74 · L'EMPRISE DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

L'EMPRISE DU PRINTEMPS

La nuit p;\le coulait comme une onde, ses voiles S*entr*ouvraienl aux clartés roses de l'horizon Où descendait mourir une dernîire étoile — Le YcrRcr s'éveillait autour de la maison.

Las du labeur sévère, et qui leurre peut-être, Avide de goûter Tarome du printemps, J'ouvris aux soutHes frais qui battaient ma fenêtre D'un rameau de rosier plein de bourgeons naissants.

Ma lampe s'éteignit, sur mes manuscrits blêmes De tremblantes lueurs s'étalèrent, je crus Que, parmi ces rayons à chaque instant accrus. Dans ma chambre confuse entrait l'aube elle-même.

Mais déjà par la plaine elle glissait, déesse Heureuse de parer les ponimiers tressaillants En dénouant pour eux l'or tendre de ses tresses — Et le verger ravi chantait un large chant.

14 GAJirAG^S PJlBlllLnS

Tuatlh que je ri.ib, ivre travoir son il L'àobc il avril Lalscr mon froîvL appesanti»

Une voix niQ paila qui passait dans le vent :

«I Livre* tristes, conflits de pcnscrs, calculs lourds, Les cVioses que tu sais et que tu ne sais pas Te firent un hiver épris de leur Fatras —

Moi, je suis la rumeur immense de Tamour.

Mirant les rois affreux et l'humanité serve»

Ton œil était obscur sous ton sourcil froncé Comme un oiseau de nuit sur un gibet pose — Je chasse le hibou morose de Minerve.

Tourne vers l'avenir sombre et strié d*éclairs, Tu évoquais l'orage et les rouges revanclies — Egrenant la rosée en perles dans les branches J'agile les grelots des muguets entr 'ouverts.

Le pocme onduleux qi;c rythme la prairie.

Toute cette fraîcheur, toute celle candeur

Qui montent de la terre odorante et fleurie

Je les prends, je prétends les mettre dans ton cœur.

Ton lève ruisselant de larmes et de flammes S'éteindra sous les fleurs, au souffle du printemps Et tes yeux seront clairs comme des yeux d'enfant Et l'amour triomphal fera flccliir ton àme.

l'buprisb du printemps 15

Laissant lombrc funèbre où gronde répopée.

Tu te joindras aux chœurs des bois et de la plaine ; Joyeux, le front pressé d'humides marjolaines, Tu charmeras par les cadences envolées La campagne attentive et la Muse étoilée. »

La voix se tut... Avril s*élançait dans les cieux ;

Comme une balle d'or de la fronde d'un dieu

Le soleil jaillissant incendia l'espace;

Le vent, fol inquiet qui passe et qui repasse,

Agitait les gramens du verger radieux

Et me jetait les fleurs des pommiers à la face.

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