IV
Je dirai maintenant la rivière tranquille Dont les flots nonchalants rêvent le long des îles Où des saules pleureurs s'unissent en berceaux ; Princesse insoucieuse, elle accroche aux roseaux
Les moires glauques de sa traîne, £t, pour la divertir, le tremble et le troène
Sèment leurs feuilles sur ses eaux.
Naïade au beau seii*. c'est par loi que j'oublie
Les soucis qui me pressent, Tes ondes ont pour moi le goût de l'ambroisie, Je redeviens le faune épris d'une déesse Et je sens se lever sur mon âme éblouie Une aul c d'Arcadie...
138 LUMIÈRES TRANQUILLES
Enlcndcz-vous quelqu'un chanter une ballade ?
C'est ma sœur la cascade ; Yoycz-vous des éclairs filer sur les bas-fonds ? Ce sont mes frères les gardons.
Quant à mon père, il règne au cœur de la forôt
Pareil h quelque dieu des anciens ûgcs, 11 est un chêne, il parle, et de vastes secrets Descendent h sa voix des frondaisons sauvages.
Sa chevelure semble une nuit solennelle
Où de grands venH soufflent sur les étoiles»
Des mivU et des sueurs de ses bianches ruissollpntj. Un farouche brouilLird J "enveloppe de voiles Et les atL'lcs errants l*cineuront de leurs ailes*
Ma mÎTC est une source où boivent les bouvrcuîlt
Qui fond leur nid dans les fougères, JSecrèk', eîl<! s'enfuit sous I*ois et les chevreuils Savent seuU les fourres ombreux qu'elle prefàc-
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chcnc paternel, la sublinic ramure
Enfanta ma fierté, source maternelle, en tes eaux j*ai puisé Celte àme frémissante où les rythmes susurrent.
Je suis Télu des fleurs, des mousses et des sèves. Les roses en bouton s'ouvrent quand je les touche. De splendides matins ont empourpré mes rôves Et, parfois, le Grand Pan s'exprime par ma bouche.
Ëcoule, ami, les chœurs d'oiseaux qui m'accompagnent, Regarde le gazon tressaillir sous nos pas, Admire ce soleil qui dore la campagne :
Les hommes des cites ne le connaissent pas.
Dans les gramcns légers le vent passe et repasse. Tes yeux extasiés se remplissent de pleurs Et lu ris aux rameaux qui te baisent la face Car la sainte Nature a rénové ton cœur.
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