‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 45 sur 74 · TROISIÈME HYMNE AU GRAND PAN · texte numérisé non relu

TROISIÈME HYMNE AU GRAND PAN

irïVOCATÏON DAKS LA FOftf.T

A Jean Dcstmm.

Le brouillard matincux 5*6talc Sur les mousses et les bruyères Et suspend des colliers d*opales Aux palmes fines des fougères.

Si faible qu*on le sent h peine, Le vent encor mal éveillé S'attarde à la cîme des cbênes — L*ombre règne dans les halliers.

Sur les fûts orangés des pins, Sur les fûts grîs-pàle des charmes, La rosée a laissé ses larmes — ' Un voile d*or flotte aux lointains.

TaOtSTiUB BTinŒ AU G1UKD flff 149

Lcr soleil luLLc avec la bnjmc, ^ II respire, et les rrontlaisoQS,

Toutes rosc5sous ses ravona, Semblent des brasiers qui «*allumcnL

SûuJ.iin, c'est le grand jour : h terre Se couvre d'un manteau de feu, La forêt s'emplit de lumière.

Les c iseûux chantent le ciel bleu — Et j'en tends pàsier le rire d'un dieu.

Tu m'apparais, Grand Pân, seigneur des bois sacres. Dominateur des monts et de la plaine^

Ton souflÛe fait vibrer les bouleaux et les frênes Et le sol tremble où se posent tes pieds.

C'est ton pouce puissent qui sculpta ces rochers]

Dont les prunelles caves me contemplent 1

El leurs sommets baîgn*^^ d'aïur me sont le temple Où tu songes, debout sous les ht; très penches*

Soudre que les chevreuils qui vivent sous ta loi Ecoutent sans [iCur mes aubades, Laisse les arbres me repondre, livre-moi Le corps fuselé des hamadryadcs.

Que VCcho Uc mes vcm, dan» les gorges profondes,

Iloulc parmi îc cantique des brises, Que Todcur des gcnèla me p6nèlre et me grise, Que les faunes Jansants m^accueillcnl dans leurs rondes Et qu'au fond des fourrés ou la myrtille abon/lc, 3 'épouse cnfm cette forêt que j'aî coaquise.

Mais surtout, 6 Grand Pan, prince des âmes Cires

Qui fuient la ville et ses souillures, Entretiens dans mes yeux la flamme haute et pure Dont Tardcur écarta les races routinières Et permets que, selon les rites de la Terre, J'exhale, à mon heure dernière, \ Mon chant suprômc au scîa de l'immense Nature.

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