‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 49 sur 74 · DANSE MACABRE · texte numérisé non relu

DANSE MACABRE

Sinueux, dcnlclc comme une salamandre.

Un nuage s'attarde au fond de l'occident ;

Le soleil entoure de braises et de cendres

Le couvre d'un manteau d'or livide et de sang —

La Mort s'y vient asseoir, une tulipe aux dents.

Des formes, peu à peu, montent des profondeurs : Membres nus^ fronts laurés, figures anxieuses, Seins voilés à demi d'une Gnc vapeur Et prunelles qu'liabite une ûme douloureuse.

Au rytlimc saccade d'une bise aigrelette,

La Mort fait cliqueter les os de son squelette.

Voici se dérouler, en une lourde ronde.

Des rois tout empclrés de brocards et de soies, Des mimes, autour d'eux, poussant des cris de joie. Jonglent avec le sceptre et la boule du monde —

La Mort mené la danse en agitant sa faux.

* iT*»-^VI^

DÀiXSB UACABCtB

Des femmes, dont le rîrc est fraîs comme une fleur, Agitent des rameaux où murmure le soîr.

Elles tournent... bientôt, quand le cîcJ sera ncir, Leurs yeux seront pareils a des astres moqueurs. — ^

La Mort mine la danse, une rose ^ la main.

Des poètes clierclieurs de sphvni et de chimères Voguent vers TAtlandidc où rtgncla beauté, Les voiles du vaisseau sont plemcs de lumière, Sur le pont où ruisselle un \în de volupté, Ils valsent, enlaçant Canidic et Grec.

La Mort mène la danse, un lierre autour du crAnc,

Le Sage qui s'en va parmi les apparences Jure qu*ÎJ fixera l'espace et la durce...

Les mi mes cl les rois l'enlrainent en cadence Et son r^ivc sanglote en une ode cITicncc —

La Mort prend son savoir pour s*cn faire un hocbct.

Tout croule h. l'occident : des rubïs, des topaxcs Encombrent Thorizon qui luit sînislrcmcnt, Les pbines et les monts rougissent et s'embrasent — Puis l'ombre vient sur les vergers indîiïérents.

Le nuage s'enfuit à travers le clol bleu,

La Mort tombe et se foncLdans un gouïTrc de feu

Page 1