‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 69 sur 74 · LE CHEMIN QUI DESCEND · texte numérisé non relu

LE CHEMIN QUI DESCEND

Il est, dans ma forêt, un ctemin qui descend

Vers une plaine morne et nue ; En haut, de frais boulcâui el dc9 lif^trea putssanU, En bas, le sable aride et la grise étendue.

En haut, sous les taillis pleins de pousses Ycrmeillest Un vent harmonieux fait rire les fougères, En bas, ce sont des croassements de corneilles Et des bruits d'herbe siche où grince la poussière.

A mi-côte, des rocs, frôlés par les feuillages. S'entassent pour former un anlrc Icnobrcux :

Assis au seuil, je suis la course des nuages Que le soleil levant empourpre de ses feux.

Je rêve, le cœur lourd, à les choses passées «,. ut près^ un merle sifllc et rail le ma Inslesse^ 1 b fordt qui m'aime et qui sait mes pensées ihudiote des mots d'espoir et d'alk-gressc.

roèwES DH LA FOnêr

Oiseau moqucurj rameaux vibrant comme des Ijres,

Que m'importe votre gaîlé ?

Je nren dctourne, cVsL la plaine qui m'altirc : Ses voit parlent de mort, je les vcui ccouler.

Les flots amers du souvenir montent en moi :

Je suis la grève fioide où s'échouent des épaves ; Mes volcans sont éteints qui flambaient autrefois : Je suis le val désert où se figent des laves.

Amis défunts, ô compagnons de Tart en fùtc.

Hier nous cherchions ensemble une neuve beauté L'ombre vous a repris, la route à moitié faite, Et je reste au tournant où vous m'avez quitté.

Et vous» illusions, jardin des grandes roses Dont les parfums ardents ont grisé ma jeunesse. Je cultive aujourd'hui des parterres moroses» Et j*onlace un crêpe aux guirlandes que je tresse.

Sanctuaire où s'effrite un vain peuple d'idoles.

Vieille Sagesse humaine.

Je t'ai fui car les bois m'apprirent la parole : c Accroître son savoir, c'est accroître sa peine. »

Et que me sont aussi les dogmes et les lois :

Je vais de l'aube au crépuscule, Frèic des passcrcûui qui nichent sur les lolis^

Frère des liLcllulcs.

* . LB CHBMIiV QUI tJESCEÎfD ^ . ^27

Ah I que je sois, dans Tazur lU-de, le bouleau . ^

Qui balance au soleil sa flcxiUo ramure

Ou que je sois l'étang qui garde dans ses eaux

L'image des genêts et des jeunes \crdurc5.

Mais tant de souvenirs, c'est un filet rompu

Dont je traîne encor les débris...

Je voudrais oublier tous ceux que j'ai perdus •]?

Et la cité d'orage aux songes de jadlâ.

C'est pourquoi je suivrai le chemin qui descend

Dans la plaine et pr^rmi les pierres Où le sable a les plis d*un linceul jaunissant : J'y goûterai le grand calme des cimetières.

Là j'ensevelirai mes destins accomplis, La bruyère croîtra sur ce qui fut moi-même — Puis je remonterai, front joyeux^ cœur guérj. Dans la forôt qui sait mes rèvcs et qui m'aime.

Les arbres clianleront et je leur répondrai, J'irai, par les sommets où le matin ruisselle

En nappes d'or et de clarlc.

Me perdre dans ta joie, 6 vie universelle I '

lUoteurs de la SoHc.

Page 1