‹ Poésies, 1897-1906Chapitre 70 sur 74 · A LA TRISTESSE · texte numérisé non relu

A LA TRISTESSE

A Frédéric Rusm.

Mère des rossignols et des saules, Tristesse, Toi, dont le deuil se môle à mes espoirs, Aux confins du ciel d*or où se lève le soir»

Tu m'apparais — salut, Déesse.

C'est bien toi, je revois ta sombre chevelure Oi> riiyacinthe s'enlace aux jajmins étoiles Et ta bouche vermeille ainsi qu'une blessure. Mais comme tes yeux sont changés !

Autrefois — 6 jours morts — tu fus ma grande sœur ; Quand mes rêves, pareils à des enfants rieurs, KOcuillaient follement les roses de la vîc, Tes regards se posaient sur moi, plclas de douceur, ÎJn hymne grave, alors, s'eveUIait dans^mon coeur Et j'aimais sa mélancolie.

- A LA TftISTBSSS

Plus tard, dans la forêt, où les hêtres guerriers Combattent iiprcmcnt les pîiis et les bouleaux. Où les vcnU sou EU eut h travers les allsîcrs Avec un bruÎL de grandes eaui, Tu marchais devant moi, cueillant des violet te5} Et, sur les grès bourrus que Lan ton t des corbeaux, Afin de rassurer ma pauvre hmc inquiète.

Tes yeux brillaient, pareils i des astres royaux.

Mats aujourd'hui, tu ne m'es plus une lumicrc : La brume en Tcu qui t'cnnuaît s'est dissipée Et je vois se fixer sur ta face s^vtrc

Le masque de ma destinée.

Te voici, désormais, une reine farouche

Qui me frappe le front de son sceptre d'airain*..

Ah 1 quel rire cruel a contracté ta bouche

Et quels oiseaux de deuil s'envolent de les mains !

J'ai froid, rombrc, h. ta voix, envahit mes pensées, Je sens mon ime vaciller dans les ténthres Car ton regard luisant d'insomnie et de fièvre Me perce, et l'on dirait une lame imprégnée D*un noir poison dcvorateur.

Mes rythmes eOTan/s se dispersent, j'ai peur D'avoir perdu Tamonr auguste de la Muse :

Elle se voiic et son geste morne refuse Les myrtes radieux où ijutinaît naguère L^cssaim doré de mes chimères.

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t^ku^ BB ta FO^ÊT

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l'*(iudra-t-U donc ciTcr par les jours cl les nuits Scrnlilalib h tous ccns-I^ qui s*cii vonl^ lûlc basse, CourÎJe^ 5t>U3 les trafics, les calculs cl Tcnnui? Quoi, ne seraî-jc plus qu'un làchcron qui trace Des sillons dans un champ de cailloux et d'orties Ou le jongleur qu'acclame une foule ahurie P

Mais non : tu me rendras celte ivresse sublime Que me versaient jadis ta bouche et tes prunelles ; Pégase piaffe encor, j'entends vibrer ses ailes : Voici qu'il veut nous emporter de cîmc en ctme.

Vois, Tristesse, un rosier chargé de roses rouges Se penche par-dessus le mur aux vieilles pierres

Et se mire dans la rivière Où le reflet des peupliers miroite et bouge ; Afin de nous offrir une fclc dernière L'occident s'est parc de pourpre et de splendeur.

Par ce soir de musique et de grâce ineffable, Viens, nous retournerons au pays de la Fable Où tu seras, plus que jamais, ma grande sœur, Celle qui parle dans mon ombre avec douceur...

Le chant des rossignols et des saules s'élève, Le ciel semble un parvis jonché de campanules Tu me souris, cl je te prends et je t'enlève, ma Tristesse, ô rose d'or du crépuscule.

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